L’envie est là. Le projet est prêt. Peut-être même que le nom de votre future boite est déjà déposé. Mais chaque lundi matin, le même frein vous retient : la peur du vide.
Quitter un CDI confortable pour l’incertitude de l’entrepreneuriat est déjà un saut dans l’inconnu. Le faire sans filet de sécurité financière, c’est du suicide. En France, le système est protecteur… mais il est devenu extrêmement procédurier. Une erreur de timing, une lettre envoyée trop tôt, ou une mauvaise stratégie de départ, et c’est le droit au chômage (les précieuses ARE) qui s’envole.
🔥 Ça discute en ce moment...
En 2026, il n’existe que trois portes de sortie principales pour un salarié qui veut créer sa boite. L’une est idéale, l’autre est technique, et la troisième est désormais un piège refermé.
Avant de poser votre lettre sur le bureau du patron, vérifiez où vous mettez les pieds.
1. Le test de sécurité : avez-vous le droit de démissionner ?
Soyons clairs : tout le monde a le droit de démissionner. Mais tout le monde n’a pas le droit d’être indemnisé après. Pour savoir si vous pouvez partir tout de suite ou si vous devez négocier, faites ce test rapide.
2. La voie royale : la Rupture Conventionnelle (et comment l’obtenir)
C’est le Graal du créateur d’entreprise. La Rupture Conventionnelle (RC) n’est ni une démission, ni un licenciement. C’est un « divorce à l’amiable ».
Pourquoi c’est le meilleur scénario ?
- Chômage automatique : Pas de dossier complexe à monter, l’ouverture des droits France Travail est garantie.
- Le chèque de départ : Votre employeur doit vous verser une indemnité de rupture (au moins égale à l’indemnité légale de licenciement). C’est du cash en plus pour votre capital de départ.
Le problème : votre employeur n’est pas obligé d’accepter. Et soyons honnêtes : pourquoi accepterait-il de payer pour vous laisser partir, alors qu’il pourrait attendre que vous démissionniez (gratuitement pour lui) ?
💡 La stratégie de négociation Si vous arrivez en disant : « Je vais monter une boite concurrente et devenir millionnaire », il refusera. Pour obtenir une RC, la négociation se joue souvent au « poker menteur ». L’employeur doit sentir qu’il a intérêt à vous laisser partir.
- L’argument de l’usure : « Je ne suis plus motivé, je risque de devenir moins productif. »
- L’argument du temps : « Une RC prend 5 semaines. Si je reste démotivé, ça nous coûtera plus cher à tous les deux. »
3. Le plan B technique : la « Démission-Reconversion » (attention danger)
Votre employeur refuse la rupture ? Il vous reste une carte à jouer : le dispositif « Démissionnaire ». Depuis quelques années, il est possible de démissionner et de toucher le chômage… mais c’est un parcours du combattant millimétré.
Les conditions strictes (Zone Rouge 🛑)
- Être en CDI.
- Avoir travaillé 5 ans en continu (soit 1300 jours) chez un ou plusieurs employeurs, sans aucune interruption (même de quelques jours).
L’erreur qui tue le dossier C’est ici que 90% des refus arrivent : ne démissionnez surtout pas avant d’avoir l’accord ! Si vous posez votre démission avant la validation de la commission, vous n’aurez droit à rien. Zéro.
La procédure obligatoire (dans cet ordre précis)
- Le CEP : Vous devez obligatoirement rencontrer un Conseiller en Évolution Professionnelle (C’est gratuit, via Apec ou MonCEP). Il va « cadrer » votre projet.
- Le Dossier : Vous montez un dossier solide (étude de marché, financement, business plan simplifié) pour prouver que votre projet de création est « réel et sérieux ».
- La Commission : Votre dossier est envoyé à une commission régionale (Transitions Pro).
- Le Verdict : Vous recevez une attestation officielle de « caractère réel et sérieux ».
- La Démission : C’est seulement maintenant que vous pouvez donner votre lettre de démission à votre patron.
C’est long (3 à 6 mois), c’est administratif, mais c’est la seule façon légale de partir avec ses droits si le patron dit non.
4. L’impasse : pourquoi l’abandon de poste est devenu un piège mortel
Pendant des années, c’était la « combine » officieuse. On ne venait plus au travail, l’employeur nous licenciait pour faute grave, et on touchait le chômage.
En 2026, oubliez cette option. La loi a changé. Désormais, un abandon de poste est juridiquement considéré comme une « présomption de démission ».
La conséquence est brutale : L’employeur ne vous licencie plus. Il constate votre absence, vous met en demeure de revenir, et si vous ne revenez pas… vous êtes considéré comme démissionnaire.
- Résultat : Pas d’indemnité de départ. Pas de chômage. Et une procédure qui peut traîner des mois sans salaire. C’est une impasse totale pour un créateur d’entreprise. Ne jouez pas avec le feu.
5. La zone grise : commencer à créer pendant son préavis ?
Vous avez obtenu votre rupture ou validé votre dossier démissionnaire. Bravo. Il vous reste souvent 1 à 3 mois de préavis à effectuer. Avez-vous le droit de commencer à travailler sur votre boite ?
Oui, mais avec loyauté. Tant que vous êtes salarié, vous devez rester loyal.
- ✅ Autorisé : Faire votre étude de marché le soir, créer vos statuts, acheter votre nom de domaine, immatriculer la société (en mettant une date de début d’activité après la fin du contrat).
- ❌ Interdit : Démarcher les clients de votre employeur, utiliser l’ordinateur du bureau pour votre projet, ou facturer vos premiers clients alors que vous êtes encore en poste (sauf accord écrit).
Le point de vigilance : la clause de non-concurrence Vérifiez votre contrat de travail. Si une clause de non-concurrence existe, elle peut vous empêcher de créer une activité similaire dans la même région. Bonne nouvelle : Pour qu’elle soit valide, l’employeur doit vous verser une compensation financière (souvent 30% du salaire). Souvent, les employeurs préfèrent « lever » la clause (l’annuler) pour ne pas payer. C’est à négocier au moment du départ.
6. Le jour d’après : inscription, carence et choix financier
Ça y est. C’est votre premier matin de liberté. La première chose à faire (dès le lendemain de la fin de contrat) est de vous inscrire à France Travail.
C’est à ce moment-là que vous allez devoir faire le choix financier le plus important de votre nouvelle vie :
- Option A : Toucher vos allocations tous les mois (ARE) pour sécuriser votre loyer.
- Option B : Prendre 60% de vos droits d’un coup en capital (ARCE) pour investir.
Ce choix est irréversible. Pour ne pas vous tromper, nous avons créé un comparateur spécifique. 👉 [Utilisez notre Comparateur Capital (ARCE) vs Rente (ARE) ici] pour faire votre simulation.
7. FAQ : Les questions qui fâchent
Si je démissionne « juste comme ça », ai-je droit à une seconde chance ? Si vous démissionnez sans motif légitime et sans dossier Transition Pro, vous n’avez droit à rien. Cependant, vous pouvez demander un réexamen de vos droits après 121 jours (4 mois). Vous devrez prouver que vous cherchez activement un emploi ou que vous créez une entreprise. Attention : l’accord n’est pas automatique. C’est un pari risqué.
Puis-je créer ma micro-entreprise avant de quitter mon CDI ? Oui, c’est le cumul « Salarié + Micro-entrepreneur ». C’est idéal pour tester une idée le week-end. Pour les détails fiscaux et les plafonds, consultez notre Guide complet de la Micro-Entreprise 2026.
Que faire si mon dossier Démission-Reconversion est refusé par la commission ? Vous avez deux mois pour faire appel (recours gracieux) en apportant de nouveaux éléments prouvant le sérieux de votre projet. Ne démissionnez surtout pas avant d’avoir la réponse définitive de l’appel.
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