Vous venez d’avoir un accident sur votre chantier, dans votre cuisine de restaurant ou dans votre entrepôt — et votre premier réflexe n’est pas d’appeler les secours, c’est de vous demander ce qui va vous arriver à vous, pas à votre blessure. Votre titre de séjour expire dans trois semaines. Votre employeur vous emploie au black depuis six mois. Ou vous avez une autorisation de travail mais vous ne savez pas si la Sécu va vous rembourser comme les autres. Ce que vous allez lire va lever toutes ces incertitudes — parce que la loi française est, sur ce point précis, beaucoup plus protectrice que ce que la plupart des employeurs veulent bien vous dire.
Ce que vous allez apprendre
- Un travailleur étranger en situation irrégulière blessé au travail peut faire valoir des droits en matière d’accident du travail — c’est reconnu par la jurisprudence française
- La déclaration d’un accident du travail auprès de la CPAM n’a pas pour objet le contrôle du séjour et ne constitue pas, en elle-même, une procédure destinée aux autorités chargées de l’immigration
- Les conditions d’accès aux indemnités varient selon votre statut exact — il faut savoir lequel vous avez
- Une maladie professionnelle peut être reconnue même si vous avez déjà quitté l’entreprise ou le territoire français
- Votre employeur n’a pas le droit d’utiliser votre situation administrative pour vous dissuader de déclarer — ces comportements l’exposent à des sanctions civiles et pénales importantes
1. Le principe fondamental : la protection AT/MP dépasse la question de nationalité
La jurisprudence et les règles de protection sociale reconnaissent aux travailleurs exerçant une activité salariée en France une protection en matière d’accidents du travail et de maladies professionnelles, y compris lorsque la situation administrative ou contractuelle présente des irrégularités. Ce principe a été confirmé à plusieurs reprises par la Cour de cassation.
Ce n’est pas une tolérance administrative. Ce n’est pas une exception humanitaire. C’est le résultat d’une construction jurisprudentielle solide, fondée sur l’idée que la protection contre le risque professionnel est attachée à l’activité de travail — pas au statut de la personne qui travaille.
Exemple concret : Mohamed, ressortissant malien, travaille sur un chantier de BTP à Lyon sans autorisation de travail. Il chute d’un échafaudage et se fracture le poignet. Il peut faire valoir des droits en matière d’accident du travail selon des principes largement comparables à ceux applicables aux autres salariés — accès aux soins pris en charge, indemnités pendant l’arrêt, et potentiellement une rente si des séquelles permanentes sont constatées.
Le piège à éviter : croire votre employeur s’il vous dit « de toute façon t’as pas de papiers, tu peux rien faire ». C’est faux en droit, et cette affirmation peut elle-même constituer une entrave à vos droits.
La seule nuance — importante — est que la façon dont vous accédez à ces droits varie selon votre statut. C’est ce que détaillent les sections suivantes.
2. Êtes-vous couvert ? Ce que change vraiment votre statut administratif
Votre situation administrative détermine non pas si vous pouvez faire valoir des droits, mais par quel canal et dans quelles conditions pratiques.
Salarié en situation régulière (titre de séjour valide + autorisation de travail)
Vous êtes affilié à la CPAM comme tout salarié. Votre employeur vous déclare, vous cotisez, vous êtes couvert de plein droit dès le premier jour de travail. Vos ayants droit (conjoint, enfants) peuvent aussi bénéficier de certains droits selon votre situation familiale.
Salarié en situation régulière mais sans autorisation de travail
Vous avez un titre de séjour valide (visa étudiant, regroupement familial…) mais votre visa ne vous autorise pas à travailler — ou votre employeur ne vous a pas déclaré sur ce poste. Vous pouvez bénéficier d’une protection et faire valoir des droits spécifiques en matière d’accidents du travail. La Cour de cassation a jugé que l’irrégularité du contrat de travail n’efface pas la protection sociale en cas d’accident.
Travailleur sans titre de séjour ni autorisation de travail
C’est ici que les idées reçues causent le plus de dégâts. Vous pouvez bénéficier d’une protection et faire valoir des droits spécifiques en matière d’accidents du travail, même en situation administrative irrégulière. La déclaration d’un accident du travail auprès de la CPAM n’a pas pour objet le contrôle du séjour et ne constitue pas, en elle-même, une procédure destinée aux autorités chargées de l’immigration.
En pratique, l’accès aux soins peut passer par l’Aide Médicale de l’État (AME) si vous êtes sans titre de séjour depuis plus de 3 mois et que vos ressources sont inférieures à un plafond. Les règles relatives à l’AME et celles relatives aux accidents du travail répondent à des logiques différentes et peuvent se cumuler ou s’articuler selon votre situation concrète.
Si votre employeur vous a déclaré — même tardivement, même sous pression — la CPAM peut ouvrir un dossier AT, car c’est l’employeur qui cotise au titre des accidents du travail, pas le salarié.
Exemple concret : Fatou, ressortissante sénégalaise sans titre de séjour, travaille comme aide à domicile non déclarée à Paris. Elle se brûle gravement lors d’une intervention. Elle peut déclarer l’accident du travail. Si l’employeur refuse de faire la déclaration, elle peut la faire elle-même dans les 2 ans qui suivent l’accident. La CPAM instruira le dossier indépendamment de sa situation administrative.
Le piège à éviter : attendre que votre situation se régularise avant de déclarer. Le délai de prescription est de 2 ans à compter de l’accident pour les AT, et de 2 ans à compter de la première constatation médicale pour les MP. Passé ce délai, vous perdez définitivement vos droits à indemnisation.
Pour comprendre les droits généraux des travailleurs étrangers en France, consultez notre guide complet sur les droits des travailleurs étrangers en France.
AT ou maladie professionnelle ? Qualifiez votre situation
Repondez aux 5 questions. L’outil determine la qualification juridique et les droits applicables selon votre statut.
3. Comment déclarer un accident du travail quand on est étranger : la procédure pas à pas
La procédure est identique pour tous, mais certains points méritent une attention particulière selon votre situation.
Étape 1 : Signaler l'accident à l'employeur dans les 24 heures
Vous devez informer votre employeur le jour même ou au plus tard dans les 24 heures suivant l'accident (sauf cas de force majeure). Faites-le par écrit — SMS, email, lettre — pour garder une preuve. Si votre employeur ne parle pas votre langue, envoyez un message simple : "J'ai eu un accident au travail aujourd'hui à [heure] lors de [tâche]. Je vous informe formellement."
Étape 2 : L'employeur déclare à la CPAM sous 48 heures
C'est l'obligation de l'employeur, pas la vôtre. Il dispose de 48 heures ouvrables pour envoyer la déclaration d'accident du travail (formulaire Cerfa 14463*03) à la CPAM, par lettre recommandée avec accusé de réception.
Si l'employeur refuse ou tarde : vous pouvez vous-même déclarer l'accident directement à votre CPAM dans un délai de 2 ans. Utilisez le même formulaire. Joignez tout document prouvant l'accident : témoignages écrits de collègues, photos, rapport de police si intervention des secours, certificat médical initial.
Étape 3 : Obtenir un certificat médical initial (CMI)
C'est la pièce maîtresse du dossier. Le médecin qui vous examine (urgences, médecin traitant) remplit un Cerfa en 3 exemplaires décrivant vos lésions, leur localisation, et s'il prescrit un arrêt de travail. Gardez impérativement votre exemplaire. Si des séquelles apparaissent plus tard, ce document est la référence de départ.
Étape 4 : La CPAM instruit le dossier
La CPAM dispose de délais réglementaires d'instruction pouvant être prolongés dans certaines situations, notamment lorsqu'elle ouvre une enquête complémentaire. Renseignez-vous auprès de votre caisse sur les délais applicables à votre dossier.
Le piège à éviter : ne pas garder de copie de chaque document envoyé. En cas de litige, vous aurez besoin de prouver que vous avez respecté les délais et transmis les bons éléments.
Notre article sur l'accident du travail détaille la procédure complète de déclaration pour tous les salariés.
Checklist de déclaration d'accident du travail
Cochez chaque étape au fur et à mesure. Les délais légaux sont indiqués pour chacune. Un seul oubli peut compromettre votre dossier.
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Étape 1 — ImmédiatSignaler l'accident à votre employeurInformez votre employeur le jour même ou au plus tard dans les 24 heures. Par écrit de préférence (SMS, email) pour garder une preuve horodatée.⏱ Délai : 24 h après l'accident⚠ Si vous travaillez sans être déclaré, envoyez quand même ce signalement — il fait preuve de la date et du lien avec le travail.
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Étape 2 — ImmédiatConsulter un médecin et obtenir le certificat médical initial (CMI)Urgences, médecin traitant ou médecin du travail. Le CMI décrit les lésions, leur localisation et l'éventuel arrêt de travail. C'est la pièce centrale du dossier.⏱ Délai : dès que possible après l'accident
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Étape 3 — ImmédiatConserver un exemplaire du CMILe Cerfa est en 3 feuillets. Gardez impérativement le vôtre. Si des séquelles apparaissent plus tard, c'est ce document qui fait foi pour la date de première constatation médicale.⏱ À faire en même temps que l'étape 2
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Étape 4 — J+2 ouvrésVérifier que l'employeur a déclaré l'accident à la CPAML'employeur dispose de 48 heures ouvrables pour envoyer la déclaration (Cerfa 14463*03) à la CPAM par lettre recommandée avec AR. Demandez-lui confirmation écrite.⏱ Délai employeur : 48 h ouvrables⚠ Si l'employeur refuse : vous pouvez déclarer vous-même directement à la CPAM — délai de 2 ans à compter de l'accident.
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Étape 5 — Dans les 15 joursRassembler les preuves complémentairesTémoignages écrits de collègues, photos du lieu de l'accident, rapport de police si les secours sont intervenus, relevé de vos échanges avec l'employeur. À constituer rapidement, avant que les souvenirs ne s'effacent.⏱ À faire dans les jours suivant l'accident
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Étape 6 — Selon le délai d'instructionAttendre la décision de la CPAM et noter la date de notificationLa CPAM dispose de délais réglementaires d'instruction, pouvant être prolongés si elle ouvre une enquête complémentaire. Dès réception de sa décision, notez la date — elle fait courir le délai de contestation.⏱ Notez la date de réception de la décision
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Étape 7 — Si refus ou contestationContester une décision défavorableEn cas de refus de reconnaissance ou de taux d'IPP contestable, saisissez le tribunal judiciaire (pôle social). L'aide juridictionnelle est accessible quelle que soit votre situation administrative.⏱ Délai : vérifiez la date indiquée sur la décision reçue
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Étape 8 — Délai absoluNe pas laisser passer le délai de prescription de 2 ansSi votre employeur n'a pas déclaré et que vous n'avez pas encore agi : vous pouvez déclarer vous-même dans un délai de 2 ans à compter de la date de l'accident. Passé ce délai, vous perdez définitivement votre droit à indemnisation.⏱ Délai impératif : 2 ans à compter de l'accident⚠ Ce délai s'applique aussi si vous avez quitté l'entreprise ou la France.
4. Maladie professionnelle : reconnaissance et indemnisation selon votre situation
La maladie professionnelle (MP) suit une logique différente de l'AT : il n'y a pas d'événement soudain à déclarer, mais une pathologie qui se développe progressivement du fait du travail.
Les tableaux de maladies professionnelles s'appliquent à tous
Il existe de nombreux tableaux de maladies professionnelles au régime général. Si votre maladie y figure et que vous remplissez les conditions (durée d'exposition, délai de prise en charge, liste des travaux), la présomption d'origine professionnelle joue en votre faveur — quelle que soit votre nationalité.
Les pathologies les plus fréquentes parmi les travailleurs étrangers dans les secteurs à risque :
- TMS (troubles musculo-squelettiques) : très fréquents en BTP, restauration, logistique
- Surdité professionnelle : industrie, chantiers bruyants
- Pathologies liées à l'amiante : bâtiment ancien, démolition
- Affections cutanées et respiratoires liées aux produits chimiques : nettoyage, industrie
Déclarer une MP même après avoir quitté l'entreprise ou le territoire
Un point crucial pour les travailleurs étrangers qui rentrent dans leur pays après avoir travaillé en France : la MP peut être déclarée après la fin du contrat et même après avoir quitté le territoire français, à condition de le faire dans le délai de prescription (2 ans à compter de la première constatation médicale par un médecin).
Exemple concret : Carlos, ressortissant espagnol, a travaillé plusieurs années dans le BTP en France avant de rentrer en Espagne. Un médecin espagnol diagnostique une surdité bilatérale liée à son activité professionnelle. Carlos peut déclarer sa maladie professionnelle à la CPAM du dernier département où il a travaillé, dans le délai légal. Les règles de coordination UE en matière de sécurité sociale peuvent s'appliquer pour l'articulation entre les deux systèmes.
Le piège à éviter : croire qu'il faut être encore affilié à la Sécurité sociale française au moment de la déclaration. Ce n'est pas le cas pour la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie.
Pour aller plus loin sur la procédure de reconnaissance, lisez notre guide sur la maladie professionnelle.
5. Les indemnités journalières et la rente : ce à quoi vous avez droit
Indemnités journalières (IJ) AT/MP
Les indemnités journalières versées au titre d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle sont généralement plus favorables que celles de la maladie ordinaire : le taux de remplacement est plus élevé, et il n'y a pas de délai de carence — vous êtes indemnisé dès le premier jour d'arrêt.
Le montant est calculé sur la base de votre salaire de référence. Pour les travailleurs non déclarés, la principale difficulté pratique est l'absence de salaire enregistré à la CPAM. Dans ce cas, un juge peut être saisi pour reconstituer ce salaire de référence sur la base du salaire conventionnel applicable à votre poste. Ce n'est pas automatique — cela nécessite une démarche devant le tribunal judiciaire (pôle social).
La rente AT/MP en cas de séquelles permanentes
Si votre accident ou maladie professionnelle vous laisse des séquelles, le médecin-conseil de la CPAM fixe un taux d'incapacité permanente partielle (IPP). En dessous d'un certain seuil, l'indemnisation prend la forme d'un capital (versement unique) ; au-delà, elle prend la forme d'une rente viagère. Le calcul dépend du salaire de référence, du taux d'incapacité retenu et des règles réglementaires applicables à la date de consolidation.
Cette rente peut être versée même si vous avez quitté la France. Les modalités de transfert dépendent des conventions bilatérales de sécurité sociale signées par la France avec votre pays d'origine. Vérifiez si votre pays figure parmi les États ayant conclu un accord avec la France avant d'entamer les démarches.
Le piège à éviter : accepter sans réfléchir le premier taux d'IPP fixé par le médecin-conseil. Vous avez un délai pour le contester devant le tribunal judiciaire. Une révision à la hausse peut représenter une différence significative sur la durée de vie de la rente — faites-vous accompagner par un professionnel ou une association avant de décider.
Notre simulateur salaire brut/net 2026 peut vous aider à comprendre votre salaire de référence de départ.
Estimation des indemnités journalières AT/MP
Renseignez vos informations pour obtenir une estimation indicative. Les montants réels sont calculés par la CPAM selon les règles en vigueur au moment du versement.
6. Faute inexcusable de l'employeur : un levier puissant souvent ignoré
La faute inexcusable de l'employeur (FIE) est une arme juridique que très peu de travailleurs étrangers utilisent — par méconnaissance ou par peur. La reconnaissance d'une faute inexcusable peut entraîner une majoration de la rente ainsi qu'une indemnisation complémentaire de plusieurs préjudices : moral, esthétique, d'agrément, de formation professionnelle perdue…
Quand peut-on invoquer la faute inexcusable ?
Lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger, et n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'éviter. En pratique, c'est souvent le cas quand :
- Aucune formation à la sécurité n'a été donnée (CACES non formé, habilitation électrique absente…)
- Les équipements de protection individuelle n'ont pas été fournis
- La situation de sous-traitance en cascade a conduit à négliger la sécurité
- Le salarié a été affecté à une tâche pour laquelle il n'était pas qualifié
Un point juridique important : la Cour de cassation a jugé que l'irrégularité administrative du salarié n'exonère pas l'employeur de ses obligations de sécurité. Autrement dit, vous pouvez invoquer la FIE même si vous étiez sans titre de séjour au moment de l'accident.
La procédure : saisir le tribunal judiciaire (pôle social) dans un délai de 2 ans à compter de la notification de la décision de la CPAM sur le taux d'IPP. Un avocat spécialisé en droit du travail ou en droit de la sécurité sociale est fortement recommandé — les associations d'aide aux travailleurs migrants (GISTI, Médecins du Monde, CIMADE, associations locales) peuvent orienter vers des professionnels pratiquant des honoraires adaptés ou vers l'aide juridictionnelle.
Notre article sur la faute inexcusable de l'employeur explique comment monter ce dossier étape par étape.
Le piège à éviter : renoncer à cette voie parce que la procédure semble complexe ou parce que vous pensez que votre statut vous en exclut. Ce n'est pas le cas — et les enjeux financiers peuvent être très significatifs selon les séquelles subies.
7. Ce que l'employeur n'a pas le droit de faire — et les recours si ça arrive
Les pratiques illégales sont malheureusement fréquentes lorsque le salarié est étranger et en situation précaire. Voici ce qui est formellement interdit.
Menacer ou intimider pour dissuader de déclarer un accident
Chercher à dissuader un salarié de déclarer un accident du travail en utilisant sa situation administrative comme moyen de pression expose l'employeur à des sanctions civiles et pénales importantes selon les circonstances. Conservez toute preuve de ce type de comportement : messages, témoignages de collègues, enregistrements si légaux dans votre contexte.
Licencier un salarié pendant son arrêt AT/MP
Un salarié en arrêt de travail pour accident du travail ou maladie professionnelle bénéficie d'une protection renforcée : le licenciement est strictement encadré pendant la période de suspension du contrat. Il ne peut intervenir que pour faute grave sans lien avec l'accident, ou en cas d'impossibilité absolue de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident. Cette protection s'applique aux travailleurs étrangers comme à tous les autres salariés.
Si vous êtes licencié pendant cette période : le licenciement peut être contesté et annulé dans certaines situations prévues par la loi. Saisissez le conseil de prud'hommes rapidement.
Refuser de faire la déclaration d'accident
L'employeur qui refuse de déclarer un AT commet une infraction. Si ce refus est délibéré, il peut s'ajouter à d'autres manquements (travail dissimulé notamment). Vous pouvez déclarer vous-même l'accident directement à la CPAM.
Recours disponibles :
- Inspection du travail : vous pouvez signaler tout manquement. L'inspecteur du travail peut constater les infractions et dresser des procès-verbaux.
- CPAM : déclaration directe si l'employeur refuse
- Tribunal judiciaire (pôle social) : pour contester les décisions de la CPAM
- Conseil de prud'hommes : pour les litiges liés au contrat de travail
Le piège à éviter : ne pas agir par peur d'une "double peine". L'Inspection du travail et la CPAM sont des administrations distinctes des services chargés du contrôle de l'immigration. La déclaration d'un accident du travail auprès de ces organismes n'a pas pour objet le contrôle du séjour.
Pour connaître vos droits face à un employeur qui ne respecte pas la loi, consultez notre guide sur l'inspection du travail.
8. Tableau récapitulatif des droits par statut
| Statut du travailleur | Droits AT/MP reconnus | Canal d'accès principal | IJ possibles | Rente possible | Conditions particulières |
|---|---|---|---|---|---|
| Salarié UE/EEE (libre circulation) | Oui | CPAM classique | Oui | Oui | Coordination UE applicable |
| Titre de séjour + autorisation travail | Oui | CPAM classique | Oui | Oui | Aucune spécificité |
| Titre de séjour sans autorisation travail | Oui (jurisprudence) | CPAM (contrat irrégulier mais protégé) | Oui | Oui | Employeur sanctionnable pour travail non déclaré |
| Sans titre de séjour, déclaré par l'employeur | Oui (jurisprudence) | CPAM classique | Oui | Oui | Cotisations employeur valident la couverture |
| Sans titre de séjour, non déclaré | Oui (jurisprudence) | AME (soins) + déclaration directe CPAM | Sous conditions (recours judiciaire) | Possible (après recours) | Reconstitution du salaire de référence nécessaire |
| Travailleur détaché (ressortissant UE) | Oui | Sécurité sociale d'origine ou CPAM | Variable | Variable | Règlement UE 883/2004 applicable |
| Ressortissant pays avec convention bilatérale | Oui | CPAM + accord bilatéral | Oui | Oui, transférable sous conditions | Vérifier l'existence et le contenu de la convention avec votre pays |
FAQ — Les questions que vous posez vraiment
Un travailleur sans papiers peut-il vraiment recevoir des indemnités après un accident du travail ? Oui, la jurisprudence française le reconnaît. La difficulté pratique principale est de faire établir un salaire de référence si vous n'étiez pas déclaré — ce qui peut nécessiter un recours judiciaire. Une association spécialisée peut vous aider à engager cette démarche.
La CPAM va-t-elle signaler ma situation à la préfecture si je déclare un accident ? La déclaration d'un accident du travail auprès de la CPAM n'a pas pour objet le contrôle du séjour et ne constitue pas, en elle-même, une procédure destinée aux autorités chargées de l'immigration. Pour toute question sur votre situation spécifique, une association juridique spécialisée peut vous apporter des précisions.
Mon employeur a refusé de faire la déclaration. Que faire ? Déclarez vous-même l'accident à votre CPAM — vous avez 2 ans pour le faire. Joignez votre certificat médical initial, les témoignages de collègues si possible, et toute preuve de la réalité de l'accident. La CPAM instruira le dossier.
Je suis rentré dans mon pays. Est-ce que je peux encore déclarer une maladie professionnelle ? Oui, dans le délai de 2 ans à compter de la première constatation médicale. Adressez-vous à la CPAM du dernier département où vous avez travaillé. Vérifiez si votre pays a signé une convention bilatérale de sécurité sociale avec la France, ce qui peut faciliter le versement des prestations à l'étranger.
Mon visa étudiant ne m'autorise pas à travailler. Suis-je protégé si j'ai un accident ? Oui. Le caractère irrégulier de votre situation de travail ne supprime pas votre possibilité de faire valoir des droits en matière d'AT/MP. La jurisprudence de la Cour de cassation le confirme. C'est votre employeur qui est exposé aux sanctions pour travail illégal.
Quelle est la différence entre l'AME et la CPAM pour un AT ? L'AME couvre les soins médicaux des personnes sans titre de séjour. La CPAM gère les AT/MP. Ces deux dispositifs répondent à des logiques différentes et peuvent s'articuler selon votre situation : l'AME pour les soins immédiats, la procédure AT/MP pour les indemnités et la rente.
Mon employeur me menace de me dénoncer si je déclare l'accident. Que faire ? Conservez toute preuve de cette menace (SMS, témoins). Contactez immédiatement une association (GISTI, Médecins du Monde, CIMADE, association locale de soutien aux travailleurs migrants) ou l'Inspection du travail. Ces comportements exposent l'employeur à des sanctions civiles et pénales importantes.
Ai-je droit à un avocat gratuit pour défendre mes droits ? Oui. Si vos ressources sont insuffisantes, vous pouvez bénéficier de l'aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des honoraires d'avocat, quelle que soit votre situation administrative. Renseignez-vous au tribunal judiciaire le plus proche ou auprès d'une association.
Mon taux d'IPP a été fixé à 5 %. Puis-je le contester ? Oui. Vous disposez d'un délai légal pour saisir le tribunal judiciaire (pôle social) et demander une expertise médicale contradictoire. Faites-vous accompagner par un professionnel avant d'engager cette démarche, car les enjeux peuvent être significatifs selon l'évolution de votre état de santé.
Le travailleur détaché (venu d'un pays UE) est-il soumis à la même législation ? En principe, il reste affilié à la sécurité sociale de son pays d'origine pendant la durée du détachement (règlement UE 883/2004). Mais en cas d'accident du travail grave en France, les règles de prévention françaises s'appliquent et l'entreprise utilisatrice peut être co-responsable. Le dossier AT est instruit selon les règles du pays d'affiliation.
Combien de temps faut-il pour recevoir les premières indemnités ? Le délai est variable selon la complétude du dossier et l'instruction menée par la CPAM. En cas de contestation du caractère professionnel, les délais s'allongent, mais les paiements sont en principe régularisés rétroactivement une fois la décision favorable rendue.
Conclusion
Être travailleur étranger en France ne vous prive d'aucun droit fondamental en matière d'accident du travail ou de maladie professionnelle. La jurisprudence est claire et constante : la protection contre le risque professionnel est attachée à l'activité de travail, pas au statut administratif de la personne. Ce qui change selon votre situation, c'est le chemin pour faire valoir ces droits — et ce chemin, vous savez maintenant comment le prendre. La seule erreur que vous ne pouvez pas vous permettre, c'est d'attendre : les délais de prescription de 2 ans sont impitoyables, et chaque jour d'hésitation est un jour de droit potentiellement perdu.
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