Vous demandez deux fois à vos collègues de répéter, la télé est de plus en plus forte chez vous, et votre médecin vient de prononcer le mot « audiogramme » pour la première fois. Si vous travaillez depuis des années dans un atelier, sur un chantier ou près de machines bruyantes, ce n’est peut-être pas l’âge : c’est votre métier qui vous a abîmé l’oreille. Et la bonne nouvelle, c’est que la loi prévoit une réparation — à condition de suivre la bonne procédure, dans les bons délais.
Ce que vous allez apprendre
- Si votre perte auditive peut être reconnue comme maladie professionnelle (tableau 42) et selon quels critères médicaux précis
- La procédure complète de déclaration à la CPAM, étape par étape, avec les délais à ne surtout pas manquer
- Combien vous pouvez réellement toucher (capital, rente, calcul concret)
- Comment obtenir une indemnisation supplémentaire si votre employeur n’a rien fait pour vous protéger (faute inexcusable)
- Ce qui se passe ensuite : reclassement, RQTH, appareillage auditif et adaptation de poste
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Vérifiez en 2 minutes si votre situation correspond aux critères structurels du tableau 42.
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1. Surdité professionnelle : de quoi parle-t-on et qui est concerné ?
La surdité professionnelle, médicalement appelée hypoacousie d’origine professionnelle, est une perte auditive progressive causée par une exposition répétée à des bruits intenses sur le lieu de travail. Contrairement à un accident du travail, elle ne résulte pas d’un événement soudain : elle s’installe sur plusieurs années, souvent sans que le salarié s’en rende compte avant qu’elle ne soit déjà bien avancée.
Les secteurs les plus exposés sont sans surprise ceux où le bruit fait partie du quotidien : métallurgie, BTP (marteaux-piqueurs, scies, compresseurs), industrie aéronautique, imprimerie, exploitation forestière, ateliers de menuiserie, mais aussi certains postes en cuisine industrielle ou en discothèque pour le personnel technique.
Exemple concret : Karim, 48 ans, opérateur de presse dans une usine de pièces automobiles depuis 22 ans, porte des bouchons d’oreille « quand il y pense ». Il a commencé à constater qu’il n’entend plus les sonneries aiguës de son téléphone et qu’il monte systématiquement le son de la télévision. Un audiogramme réalisé par son médecin du travail révèle une perte auditive bilatérale significative. C’est un profil fréquemment rencontré dans les dossiers de reconnaissance de surdité professionnelle.
Le piège à éviter : attendre que la perte devienne « vraiment gênante » avant de consulter. Plus vous attendez, plus il devient difficile de prouver le lien avec votre poste de travail — surtout si vous changez d’employeur ou si l’entreprise ferme. Un audiogramme fait tôt, même si la perte est encore modérée, constitue une preuve datée qui peut faire toute la différence le jour où vous déciderez de déclarer.
2. Le tableau 42 : les critères médicaux pour faire reconnaître votre surdité
La surdité professionnelle figure au tableau n°42 des maladies professionnelles du régime général (intitulé officiel : « Atteinte auditive provoquée par les bruits lésionnels »). Pour qu’une demande de reconnaissance soit recevable, trois conditions cumulatives doivent être réunies.
La condition médicale : le déficit audiométrique
Le tableau 42 repose sur des critères audiométriques précis, évalués à partir d’un audiogramme réalisé selon des modalités définies médicalement (méthode de calcul du déficit moyen, fréquences de référence prises en compte, écart toléré entre les deux oreilles). Seul un professionnel de santé — ORL ou médecin du travail — peut déterminer si votre déficit auditif répond effectivement aux conditions fixées par le tableau.
La condition de durée d’exposition
Vous devez justifier d’une durée d’exposition au bruit lésionnel d’au moins 1 an, dans un poste figurant sur la liste indicative des travaux du tableau (travaux exposant à un niveau sonore élevé : battage, formage, découpage, forge, travaux sur moteurs, utilisation d’engins de chantier, etc.).
Le délai de prise en charge
C’est le délai maximal entre la fin de l’exposition au risque (changement de poste, retraite, fin de contrat) et la constatation médicale de la maladie. Pour le tableau 42, ce délai est généralement fixé à 1 an. Concrètement : si vous avez quitté votre poste exposé depuis 3 ans et que vous faites votre premier audiogramme aujourd’hui, votre dossier risque d’être rejeté pour dépassement du délai de prise en charge — d’où l’importance de ne pas tarder.
Exemple chiffré : Sandra, 51 ans, a travaillé 18 ans comme tisseuse dans un atelier textile (niveau sonore mesuré à 92 dB(A)). Elle a quitté ce poste il y a 8 mois pour un emploi de bureau. Son audiogramme montre une perte auditive bilatérale significative. Son dossier présente plusieurs éléments favorables au regard des critères habituellement examinés par la CPAM : durée d’exposition largement supérieure au minimum exigé (18 ans), et délai de prise en charge respecté (8 mois, bien en-deçà du délai maximal applicable). Reste à confirmer, via l’évaluation médicale précise de son audiogramme, que le déficit constaté correspond bien aux critères du tableau.
Le piège à éviter : penser qu’une petite gêne auditive « ne vaut pas le coup » d’être déclarée. Même un déficit qui semble léger au quotidien peut atteindre le seuil du tableau 42 une fois mesuré scientifiquement — et la reconnaissance ouvre des droits qui vont bien au-delà de l’argent immédiat (suivi médical renforcé, droits à la retraite, protection en cas d’aggravation future). Pour comprendre comment fonctionne la reconnaissance d’une maladie professionnelle de manière générale, c’est la base à connaître avant d’aller plus loin.
🔍 Mon dossier est-il recevable ?
Ce test évalue uniquement les critères structurels (durée, délais, type de poste) de votre situation au regard du tableau 42. Il ne remplace pas un audiogramme ni un avis médical.
Question 1 / 4
Combien de temps avez-vous été exposé à un bruit intense dans le cadre de votre travail ?
Question 2 / 4
Depuis combien de temps avez-vous quitté ce poste exposé au bruit (ou êtes-vous toujours en poste) ?
Question 3 / 4
Votre métier correspond-il à l’un de ces types de poste ?
Question 4 / 4
Avez-vous déjà réalisé un audiogramme constatant une perte auditive ?
Vos prochaines étapes :
Ce résultat évalue uniquement des critères structurels (durée, délais, type de poste). Seul un audiogramme interprété par un médecin (ORL ou médecin du travail) peut confirmer si votre déficit auditif répond aux critères médicaux précis du tableau 42.
3. La procédure de déclaration étape par étape
Étape 1 : l’audiogramme et le certificat médical initial
Tout commence par une consultation chez un médecin (généraliste, ORL ou médecin du travail) qui réalise ou prescrit un audiogramme. S’il estime que votre perte auditive est compatible avec une origine professionnelle, il établit un certificat médical initial (CMI) décrivant précisément le déficit constaté. Ce document est la pièce centrale de votre dossier.
Étape 2 : le formulaire de déclaration de maladie professionnelle
Vous devez ensuite remplir le formulaire S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », disponible auprès de votre CPAM ou en ligne sur ameli.fr. Vous y joignez :
- le certificat médical initial,
- une attestation de salaire fournie par votre (ou vos anciens) employeur(s),
- la liste de vos postes occupés avec les périodes d’exposition au bruit.
Si vous avez changé plusieurs fois d’employeur, n’hésitez pas à reconstituer votre parcours professionnel le plus précisément possible : c’est souvent le dernier employeur ayant exposé le salarié au bruit lésionnel qui est identifié comme dernier employeur exposant, même si vous avez quitté l’entreprise depuis.
Étape 3 : l’instruction par la CPAM
La CPAM dispose d’un délai de principe de 3 mois (renouvelable une fois de 3 mois supplémentaires en cas d’enquête complémentaire) pour instruire le dossier. Le médecin-conseil examine votre audiogramme et vérifie que les critères du tableau 42 sont remplis. La CPAM peut également mener une enquête administrative auprès de votre employeur pour vérifier les conditions de travail réelles.
Étape 4 : la décision et les voies de recours
En cas de refus, vous recevez une décision motivée. Vous pouvez la contester devant la commission de recours amiable (CRA) de la CPAM dans un délai de 2 mois, puis, si nécessaire, devant le tribunal judiciaire (pôle social).
Le piège à éviter : le délai de prescription de 2 ans. À compter de la date à laquelle vous avez eu connaissance du lien possible entre votre surdité et votre travail (généralement la date du certificat médical initial), vous avez 2 ans pour déposer votre déclaration. Passé ce délai, votre droit à indemnisation peut être définitivement perdu, même si médicalement votre dossier était solide. C’est l’un des points sur lesquels les salariés perdent le plus souvent leurs droits, simplement parce qu’ils ont « remis ça à plus tard ».
✅ Checklist de votre dossier de déclaration
Cochez chaque élément déjà réuni. Votre progression se met à jour automatiquement.
Pièces médicales
Audiogramme complet réalisé
Réalisé par un ORL ou le médecin du travail, mesurant le déficit sur les deux oreilles.
Certificat médical initial (CMI)
Établi par votre médecin, il décrit précisément le déficit constaté et le lien possible avec votre activité.
Pièces administratives
Formulaire S6100 rempli
Déclaration de maladie professionnelle, disponible auprès de votre CPAM ou sur ameli.fr.
Attestation de salaire
Fournie par votre employeur actuel ou un ancien employeur, sur les 12 derniers mois de référence.
Historique professionnel
Liste des postes occupés et périodes d’exposition
Dates précises, employeurs, et description des conditions de bruit pour chaque poste.
Date de fin du poste exposé clairement identifiée
Indispensable pour vérifier le respect du délai de prise en charge.
Avant l’envoi
Délais vérifiés (1 an / 2 ans)
Vous avez confirmé que votre dossier respecte le délai de prise en charge et le délai de prescription.
Copies de tous les documents conservées
Gardez un exemplaire complet de votre dossier avant envoi à la CPAM.
⏱️ Calculateur de délais
Entrez vos dates pour vérifier instantanément si le délai de prise en charge (1 an) et le délai de prescription (2 ans) sont respectés dans votre situation.
Date à laquelle vous avez quitté le poste, changé de service, ou pris votre retraite.
Si vous n’avez pas encore consulté, laissez vide : nous estimerons par rapport à aujourd’hui.
Ce calculateur applique les délais de principe du tableau 42 (délai de prise en charge d’1 an, délai de prescription de 2 ans). Des situations particulières peuvent modifier ces délais : en cas de doute, faites vérifier votre cas par votre CPAM ou un professionnel du droit.
4. Combien pouvez-vous toucher ? Indemnisation et calcul de la rente
Une fois la maladie reconnue, la CPAM fixe un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) en fonction de la gravité de votre déficit auditif, sur la base d’un barème indicatif d’invalidité. C’est ce taux qui détermine le mode et le montant de l’indemnisation.
Si le taux d’IPP est inférieur à 10 %
Vous recevez une indemnité en capital, versée en une seule fois. Le montant est fixé par un barème forfaitaire revalorisé chaque année — il est donc indispensable de vérifier le montant en vigueur au moment de votre reconnaissance directement auprès de votre CPAM, car ces grilles évoluent régulièrement.
Si le taux d’IPP est égal ou supérieur à 10 %
Vous percevez une rente viagère, versée chaque mois (ou trimestre) jusqu’à votre décès, calculée selon la formule suivante :
- Taux utile = taux réel ÷ 2, pour la partie du taux jusqu’à 50 % ;
- au-delà de 50 %, la partie excédentaire est multipliée par 1,5.
- Rente annuelle = salaire annuel de référence × taux utile.
Exemple chiffré : Marc a un salaire annuel de référence de 28 800 € (calculé sur les 12 mois précédant l’arrêt ou la déclaration). La CPAM lui reconnaît un taux d’IPP de 20 % pour sa surdité professionnelle.
- Taux utile = 20 % ÷ 2 = 10 %
- Rente annuelle = 28 800 € × 10 % = 2 880 €
- Soit environ 240 € par mois, versés à vie, en plus de la prise en charge des frais médicaux liés à sa surdité (audiogrammes de suivi, consultations ORL, prothèses auditives) selon les règles applicables aux accidents du travail et maladies professionnelles.
Le piège à éviter : ne pas contester un taux qui vous semble sous-évalué. Le taux d’IPP n’est pas figé définitivement par la première décision : vous pouvez demander une expertise médicale ou saisir le tribunal judiciaire si vous estimez que votre déficit réel est plus important que ce qui a été retenu. De même, en cas d’aggravation de votre surdité dans les années qui suivent, une demande de révision du taux est possible.
💰 Simulateur d’indemnisation
Estimez le montant de votre indemnisation en fonction de votre salaire annuel de référence et du taux d’incapacité permanente partielle (IPP) qui pourrait vous être reconnu. Estimation indicative, hors faute inexcusable.
En général, la moyenne de vos salaires bruts sur les 12 mois précédant l’arrêt ou la déclaration.
Ce taux est fixé par la CPAM après examen médical. Déplacez le curseur pour tester différents scénarios.
Cette estimation est purement indicative et ne remplace pas une décision de la CPAM. Le taux d’IPP réel est déterminé après examen médical par le médecin-conseil. En cas de faute inexcusable reconnue, une majoration et une indemnisation complémentaire peuvent s’ajouter à ces montants.
5. Mon employeur ne m’a pas protégé : la faute inexcusable
La reconnaissance en maladie professionnelle donne droit à une indemnisation forfaitaire (capital ou rente), mais celle-ci ne couvre pas tous vos préjudices : souffrance morale, perte de qualité de vie, préjudice d’agrément (ne plus pouvoir écouter de la musique, suivre une conversation en groupe, etc.). Pour obtenir une réparation complémentaire, il faut démontrer la faute inexcusable de l’employeur.
Les conditions à réunir
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur :
- avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel vous étiez exposé (le bruit excessif sur votre poste) ;
- n’a pas pris les mesures nécessaires pour vous en protéger (pas de protections auditives fournies, pas de mesures de bruit réalisées, pas de rotation des postes, etc.).
Ce que cela change concrètement
Si la faute inexcusable est reconnue (par la CPAM en conciliation, ou par le tribunal judiciaire), vous obtenez :
- une majoration possible de votre rente, dans les conditions prévues par le Code de la sécurité sociale ;
- une indemnisation complémentaire pour certains préjudices non couverts par le régime général (souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte ou diminution des possibilités de promotion professionnelle).
Exemple concret : Reprenons le cas de Marc (taux d’IPP 20 %, salaire annuel 28 800 €, rente annuelle initiale de 2 880 €). S’il obtient la reconnaissance de la faute inexcusable, sa rente peut être majorée dans les conditions prévues par le Code de la sécurité sociale, en plus de l’indemnisation de certains préjudices complémentaires fixée par le tribunal pour ses préjudices personnels. Le montant total dépend des circonstances précises de son dossier et de l’appréciation du tribunal.
Le piège à éviter : le délai pour agir en faute inexcusable est de 2 ans à compter de la date de reconnaissance de la maladie professionnelle (ou de la date de consolidation/guérison). Beaucoup de salariés laissent passer ce délai en pensant pouvoir agir « plus tard, quand j’aurai le temps ». Si vous envisagez cette démarche, il est conseillé de vous faire accompagner par un avocat spécialisé en droit de la sécurité sociale, et de saisir le tribunal judiciaire compétent, notamment son pôle social pour les litiges liés à la reconnaissance ou aux conséquences de la maladie professionnelle.
6. Après la reconnaissance : reclassement, RQTH et appareillage
L’appareillage auditif
Une fois votre surdité reconnue comme maladie professionnelle, vos prothèses auditives bénéficient d’une prise en charge renforcée dans le cadre de la législation sur les accidents du travail et maladies professionnelles, selon les règles de remboursement applicables (notamment sur la base du tarif de responsabilité, avec souvent une dispense d’avance de frais via le tiers payant AT/MP). C’est l’un des avantages concrets souvent ignorés : un appareillage qui resterait coûteux pour un salarié non reconnu bénéficie d’une prise en charge nettement plus favorable dans le cadre de la maladie professionnelle.
Si vous devenez inapte à votre poste
Si votre médecin du travail constate, lors d’une visite médicale, que votre surdité rend votre poste actuel dangereux ou intenable (par exemple un poste qui nécessite d’entendre des alarmes de sécurité), il peut prononcer un avis d’inaptitude. Votre employeur a alors une obligation légale de rechercher un reclassement sur un poste compatible avec votre état de santé, avant d’envisager un licenciement pour inaptitude. Pour comprendre vos droits dans cette situation, notre guide sur l’inaptitude au travail détaille la procédure complète et les indemnités auxquelles vous pouvez prétendre.
La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH)
Une surdité significative, surtout si elle est bilatérale et sévère, peut justifier une demande de RQTH auprès de la MDPH. Ce statut ouvre droit à des aménagements de poste (boucle magnétique, signalétique visuelle, télétravail partiel), à un accompagnement renforcé par Cap Emploi, et à une meilleure protection en cas de licenciement. Le guide sur les travailleurs handicapés et la RQTH explique comment monter ce dossier et quels avantages concrets en attendre.
Le piège à éviter : refuser un poste de reclassement « par principe » sans avoir étudié les alternatives. Un refus de poste de reclassement compatible peut, dans certains cas, justifier un licenciement sans que vous puissiez ensuite contester son bien-fondé. Avant de refuser, demandez toujours une analyse écrite des raisons d’inadaptation du poste proposé, et faites-vous accompagner par les représentants du personnel ou le CSE. Si vous estimez que la procédure de reclassement ou le licenciement qui en découle n’a pas respecté vos droits, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes, compétent pour les litiges liés à l’exécution ou à la rupture de votre contrat de travail.
7. Comment éviter d’en arriver là : vos droits à la prévention
La meilleure protection reste celle qui évite la perte auditive avant qu’elle ne survienne. Le Code du travail impose à votre employeur des valeurs limites d’exposition au bruit précises (notamment des seuils déclenchant des actions obligatoires de prévention et la fourniture de protections individuelles), ainsi que l’évaluation systématique du risque bruit dans le document unique d’évaluation des risques (DUERP). Notre article dédié aux risques liés au bruit en entreprise détaille ces seuils réglementaires et les obligations précises de votre employeur — utile aussi bien pour vous protéger que pour appuyer un futur dossier si la prévention n’a pas été faite correctement.
Par ailleurs, si votre poste est exposé au bruit au-delà de certains seuils, il peut ouvrir des points sur le Compte professionnel de prévention (C2P), qui permet de financer une formation de reconversion, un passage à temps partiel sans perte de salaire, ou un départ anticipé à la retraite. Le fonctionnement de ce dispositif est expliqué dans notre guide sur le C2P et la retraite.
Tableau récapitulatif
| Situation | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Tableau de référence | Tableau n°42 (régime général) |
| Durée d’exposition minimale | 1 an dans un poste exposé au bruit lésionnel |
| Délai de prise en charge | 1 an entre la fin de l’exposition et le constat médical |
| Critère médical | Déficit audiométrique répondant aux critères précis du tableau 42, à confirmer par audiogramme et avis médical |
| Délai pour déclarer | 2 ans à partir de la connaissance du lien maladie/travail |
| Taux d’IPP < 10 % | Indemnité en capital (montant forfaitaire, vérifier le barème en vigueur) |
| Taux d’IPP ≥ 10 % | Rente viagère mensuelle = salaire annuel × taux utile |
| Faute inexcusable | Majoration possible de la rente + indemnisation de préjudices complémentaires, délai d’action 2 ans |
| Appareillage auditif | Prise en charge renforcée une fois la MP reconnue, selon les règles applicables |
| En cas d’inaptitude | Obligation de reclassement par l’employeur avant tout licenciement |
FAQ : vos questions sur la surdité professionnelle
Combien de temps faut-il pour faire reconnaître une surdité professionnelle ? L’instruction par la CPAM dure en principe 3 mois, renouvelable une fois 3 mois en cas d’enquête complémentaire. Comptez donc entre 3 et 6 mois entre le dépôt du dossier et la décision.
Quel niveau de perte auditive est nécessaire pour être reconnu ? Le tableau 42 fixe des critères audiométriques précis, évalués selon une méthode de calcul spécifique. Seul un audiogramme réalisé par un ORL, interprété par un professionnel de santé, peut confirmer si votre déficit répond à ces critères.
Quelle indemnisation pour une surdité professionnelle reconnue ? Cela dépend du taux d’incapacité permanente partielle (IPP) fixé par la CPAM : indemnité en capital si le taux est inférieur à 10 %, rente mensuelle viagère si le taux est égal ou supérieur à 10 %.
Les acouphènes sont-ils reconnus comme maladie professionnelle ? Les acouphènes isolés sont plus complexes à faire reconnaître lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’un déficit auditif répondant aux critères du tableau 42. Ils peuvent toutefois être pris en compte dans l’évaluation globale du préjudice, notamment dans le cadre d’une procédure de faute inexcusable.
Puis-je faire reconnaître ma surdité si mon ancien employeur a fermé ou si l’entreprise n’existe plus ? Oui. La déclaration se fait auprès de la CPAM, pas auprès de l’employeur. La fermeture de l’entreprise n’empêche pas la reconnaissance, même si elle peut compliquer l’enquête administrative.
Quel est le délai pour déclarer une surdité professionnelle ? Vous disposez de 2 ans à compter de la date à laquelle un certificat médical établit pour la première fois un lien possible entre votre surdité et votre activité professionnelle.
La CPAM peut-elle refuser ma déclaration même avec un audiogramme anormal ? Oui, si l’une des trois conditions du tableau 42 n’est pas remplie (durée d’exposition, délai de prise en charge, ou seuil audiométrique), ou si l’enquête ne confirme pas une exposition suffisante au bruit dans vos postes occupés.
Les prothèses auditives sont-elles remboursées en cas de maladie professionnelle reconnue ? Oui, elles bénéficient d’une prise en charge renforcée dans le cadre de la législation sur les accidents du travail et maladies professionnelles, selon les règles de remboursement applicables — généralement plus favorable que le remboursement classique de l’Assurance Maladie et des mutuelles.
Quelle différence entre surdité professionnelle et presbyacousie liée à l’âge ? La presbyacousie est une perte auditive naturelle liée au vieillissement, qui touche en priorité les sons aigus de façon symétrique et progressive sans lien avec le travail. La surdité professionnelle est causée par une exposition au bruit identifiable, sur une durée et dans des postes précis : c’est cette origine professionnelle qui doit être démontrée pour la reconnaissance.
Mon employeur peut-il me licencier à cause de ma surdité ? Non, pas directement en raison de la maladie elle-même : ce serait discriminatoire. En revanche, si le médecin du travail vous déclare inapte à votre poste, l’employeur doit chercher un reclassement avant d’envisager, en dernier recours, un licenciement pour inaptitude.
Puis-je cumuler une rente pour surdité professionnelle avec d’autres revenus ou allocations ? La rente AT/MP est en principe cumulable avec un salaire si vous continuez à travailler, ainsi qu’avec une pension de retraite. Les règles de cumul avec certaines allocations (chômage, invalidité) peuvent varier : il est recommandé de vérifier votre situation précise auprès de votre CPAM.
Que faire si je pense que mon taux d’incapacité a été sous-évalué ? Vous pouvez demander une contre-expertise médicale, puis contester la décision devant la commission de recours amiable de la CPAM dans un délai de 2 mois, et si besoin devant le tribunal judiciaire (pôle social).
Ce qu’il faut retenir
La surdité professionnelle est reconnue par le tableau 42 dès qu’un déficit auditif suffisant, une durée d’exposition d’au moins un an et un délai de prise en charge d’un an sont réunis — mais le compte à rebours de 2 ans pour déclarer commence dès le premier certificat médical, donc plus vous attendez, plus vous risquez de perdre vos droits. Selon le taux d’incapacité retenu, vous pouvez obtenir une indemnisation sous forme de capital ou de rente, et si votre employeur n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, une indemnisation complémentaire est possible via la faute inexcusable.
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