Vous avez posé une RTT pour jeudi prochain, et votre manager vous répond qu’il « ne peut pas valider en ce moment » ? Ou pire : vous avez accumulé 12 jours de RTT depuis janvier, et on vous dit que vous allez en perdre la moitié au 31 décembre ? Ces situations sont fréquentes — mais leur légalité dépend toujours de l’accord collectif applicable.
Les RTT (Réduction du Temps de Travail) restent l’un des droits les moins bien compris par les salariés français. Beaucoup ne savent pas comment elles se calculent, si l’employeur peut les refuser, ni ce qui se passe en cas de perte. En 2026, quelques évolutions méritent d’être connues — notamment sur les règles de monétisation et les accords d’entreprise.
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Ce guide vous donne les réponses concrètes, avec les textes de loi applicables, des exemples chiffrés et les pièges à éviter.
Qu’est-ce qu’une RTT exactement ?
Le principe légal
La RTT est née de la loi Aubry de 1998-2000 qui a instauré la semaine de 35 heures. Concrètement : si votre entreprise applique un accord de temps de travail qui vous fait travailler plus de 35h par semaine (mais moins de 48h), les heures travaillées au-delà de 35 heures peuvent, dans le cadre d’un accord collectif d’aménagement du temps de travail, être compensées par l’attribution de jours de repos, souvent appelés RTT.
Ce n’est pas une faveur de l’employeur. Mais les RTT ne sont pas non plus un droit automatique : elles résultent d’un accord collectif ou d’un dispositif d’aménagement du temps de travail applicable dans votre entreprise.
Il existe deux grands dispositifs qui génèrent des RTT :
- Le forfait annuel en jours : pour les cadres et certains salariés autonomes, dont le contrat fixe un nombre de jours travaillés par an (généralement 218 jours). En forfait jours, les jours de repos (souvent appelés RTT) résultent du nombre maximal de jours travaillés fixé par l’accord collectif, le reste constituant des jours de repos — et non d’une génération automatique liée au dépassement des 35h.
- L’accord de modulation ou d’annualisation : pour les salariés en heures, si l’accord d’entreprise prévoit une durée hebdomadaire supérieure à 35h (ex : 37h ou 39h), les 2h ou 4h hebdomadaires en plus sont converties en jours de repos.
Qui a droit aux RTT ?
Pas tous les salariés. Vous avez droit aux RTT uniquement si :
- Votre entreprise a signé un accord collectif (de branche ou d’entreprise) prévoyant un dispositif de RTT ;
- Votre durée de travail dépasse effectivement 35h par semaine ou votre forfait jours le prévoit ;
- Votre contrat de travail ou l’accord applicable vous en fait bénéficier.
À savoir : Les salariés à temps partiel n’ont en principe pas de RTT, puisqu’ils travaillent en dessous de la durée légale. Toutefois, certains accords collectifs peuvent prévoir des mécanismes spécifiques de repos ou d’aménagement du temps de travail. Là encore, il faut vérifier l’accord applicable.
Comment calculer ses RTT en 2026 ?
Calcul pour un salarié en heures (hors forfait jours)
Exemple concret : vous travaillez 37h par semaine dans une entreprise qui applique un accord 37h/RTT.
- Heures travaillées en plus par semaine : 37h – 35h = 2h
- Sur 52 semaines, en retirant 5 semaines de congés payés : 47 semaines × 2h = 94h de RTT annuelles
- 94h ÷ 7h (base de conversion souvent utilisée pour une journée de travail) = environ 13,4 jours de RTT par an
Mais attention : la plupart des accords arrondissent ce nombre ou prévoient des jours fixes. Vérifiez votre accord d’entreprise ou de branche.
Calcul pour un cadre au forfait jours
En 2026, le forfait jours de référence reste fixé à 218 jours travaillés par an (article L.3121-64 du Code du travail), incluant la journée de solidarité.
Nombre de jours de RTT = 365 jours – 104 jours de week-end – 25 jours de congés légaux – jours fériés (environ 8 à 11 selon l’année) – 218 jours travaillés.
Exemple pour 2026 :
- 365 – 104 (week-ends) – 25 (CP) – 9 (jours fériés tombant en semaine) – 218 (forfait) = 9 jours de RTT
Ce chiffre varie chaque année selon le calendrier. Vérifiez toujours le calcul de votre service RH et comparez-le à votre accord.
Piège fréquent : Certaines entreprises oublient de déduire les ponts « offerts » des RTT avant de les accorder. Résultat : le salarié croit avoir 10 RTT alors qu’il n’en a que 8 contractuellement. Demandez toujours le détail du calcul par écrit.
Qui décide de la prise des RTT : vous ou votre employeur ?
Qui décide des dates : vous ou votre employeur ?
C’est la question que tout le monde se pose — et la réponse dépend de votre accord.
En l’absence de précision dans l’accord collectif, les modalités de prise des jours de repos sont fixées par l’employeur, dans le respect du dialogue social et des règles de bonne foi. En pratique, de nombreux accords prévoient un partage entre initiative du salarié et de l’employeur — mais ce n’est pas une règle légale universelle, c’est une pratique conventionnelle. Certains accords prévoient que 100 % des RTT sont à l’initiative du salarié, d’autres que l’employeur en fixe la majorité. Votre accord d’entreprise ou de branche est la seule référence qui compte — consultez-le.
Votre employeur peut-il refuser vos RTT ?
L’employeur peut refuser ou reporter une demande de RTT pour des raisons objectives liées à l’organisation du travail, à condition de ne pas en abuser. Si les refus sont systématiques et que vos RTT arrivent à expiration sans que vous ayez pu les prendre, une indemnisation peut être envisagée — mais elle n’est pas automatique et dépend de votre accord et de la preuve que vous apportez.
Les règles à retenir :
- Si c’est vous qui posez la RTT : l’employeur peut vous demander de décaler la date, mais il est généralement attendu qu’il permette la prise effective de ces jours dans un délai raisonnable, conformément à l’accord collectif et au principe de bonne foi dans l’exécution du contrat de travail.
- Si c’est l’employeur qui impose la date : il doit vous prévenir dans un délai minimum prévu par l’accord (souvent 7 à 15 jours à l’avance).
- En cas de litige : consultez votre accord collectif, puis si nécessaire le Conseil de prud’hommes.
Attention : Si votre employeur refuse systématiquement vos RTT et qu’elles arrivent à expiration, vous pouvez demander une indemnité compensatrice. Ce n’est pas automatique — il faut le prouver et l’invoquer.
Les RTT peuvent-elles être perdues ou monétisées en 2026 ?
Le cas de la perte en fin d’année
La règle de principe : les RTT non prises à la date anniversaire (souvent le 31 décembre ou la fin de la période de référence) peuvent être perdues, si l’accord collectif le prévoit. C’est légal, à condition que l’employeur vous ait réellement donné la possibilité de les prendre.
Mais si l’employeur a refusé vos demandes de RTT pendant l’année, vous pouvez avoir droit à une indemnisation — uniquement si vous démontrez que la perte est imputable à ses refus. L’indemnisation n’est pas automatique : elle dépend de l’accord collectif et des preuves que vous apportez. Conservez toutes vos demandes (e-mails, messages RH) comme éléments de preuve.
La monétisation : vendre ses RTT à l’employeur
Depuis la loi du 16 août 2022 (dite loi « pouvoir d’achat »), les salariés peuvent, avec l’accord de leur employeur, renoncer à tout ou partie de leurs journées ou demi-journées de RTT acquises entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2026, afin d’obtenir leur paiement. Ce dispositif reste donc applicable en 2026, sous réserve de respecter ses conditions légales et les règles prévues par l’accord collectif applicable.
Concrètement :
- Vous renoncez à 1 jour de RTT = l’employeur vous verse une rémunération majorée (au moins le salaire journalier normal — certains accords prévoient une majoration de 10 à 25 %).
- C’est double volontariat : vous proposez, l’employeur peut refuser.
- Ces sommes bénéficient d’un régime social et fiscal spécifique, proche de celui des heures supplémentaires, sous conditions et dans certaines limites — renseignez-vous auprès de votre service RH ou d’un conseiller spécialisé.
À comparer avec le CET : Certains salariés ont intérêt à placer leurs RTT sur un Compte Épargne-Temps plutôt que de les monétiser immédiatement. Le CET permet de les récupérer plus tard ou de les convertir en retraite. Parlez-en à votre RH ou votre représentant syndical.
Versement dans un Plan d’Épargne Entreprise (PEE)
Depuis 2023, il est également possible d’affecter des RTT monétisées à un PEE, avec les avantages fiscaux associés. En 2026, ce dispositif est toujours actif. Renseignez-vous auprès de votre service RH si votre entreprise dispose d’un PEE.
Pour comprendre comment maximiser vos aides financières en parallèle de votre salaire, consultez notre guide sur la prime d’activité, le RSA et le chômage : comment maximiser vos aides.
RTT et maladie : que se passe-t-il ?
Arrêt maladie et RTT
Si vous tombez malade pendant une période de RTT imposée par l’employeur, la restitution de ces jours dépend de votre accord collectif applicable. Contrairement aux congés payés — qui bénéficient depuis la loi du 22 avril 2024 (transposant la directive européenne) d’un cadre légal protecteur en cas de maladie — les RTT relèvent d’une logique purement conventionnelle. Rien n’impose légalement leur restitution automatique : tout dépend de ce que prévoit votre accord.
Si vous êtes en arrêt maladie hors période de RTT, vos jours de RTT ne sont pas automatiquement affectés. En revanche, lorsque les RTT sont calculées selon une logique d’acquisition liée au temps de travail effectif, les absences non assimilées à du temps de travail effectif peuvent réduire le nombre de jours de RTT acquis. C’est notamment possible en cas d’arrêt maladie, selon les règles prévues par l’accord collectif.
Exemple : vous êtes en arrêt 3 mois. Votre accord prévoit 10 RTT pour 218 jours travaillés. Vous n’aurez travaillé que ~156 jours. Votre droit RTT sera recalculé au prorata, soit environ 7 jours.
Pour tout comprendre sur vos droits en arrêt maladie, lisez notre article complet : arrêt maladie : droits, indemnités et démarches.
RTT et télétravail : des pratiques à surveiller
Avec la généralisation du télétravail, certains employeurs ont instauré une pratique contestable : refuser les RTT les jours de télétravail, ou exiger que le salarié vienne au bureau pour poser une RTT. Cette pratique peut être contestée si elle n’est pas expressément prévue par un accord collectif ou un règlement intérieur applicable — mais sa légalité dépend toujours du cadre conventionnel en vigueur dans votre entreprise.
En l’absence de toute disposition contraire dans votre accord, le droit à la RTT est lié à votre durée de travail, pas à votre lieu de travail. Vos jours de repos s’appliquent quel que soit l’endroit où vous travaillez habituellement.
De même, si vous êtes en télétravail total et que votre manager vous demande de « compenser » des heures en ne vous accordant pas vos RTT sans base conventionnelle, vous pouvez le contester.
Pour connaître vos droits complets en matière de télétravail : télétravail : droits, obligations et cadre légal.
Que faire si votre employeur ne respecte pas vos droits à RTT ?
Les recours disponibles
Étape 1 : Vérifiez votre accord collectif Avant tout recours, relisez votre accord d’entreprise ou de branche sur les RTT. Il est consultable auprès de votre responsable RH, de votre CSE ou sur la base LEGIFRANCE (accords de branche publics).
Étape 2 : Formulez une demande écrite Envoyez un e-mail à votre RH et/ou manager récapitulant le nombre de jours de RTT que vous avez acquis, ceux qui vous ont été refusés, et ceux que vous risquez de perdre. Gardez une copie.
Étape 3 : Contactez vos représentants du personnel Le CSE peut intervenir en cas de non-respect collectif des droits à RTT. Si votre entreprise a un délégué syndical, il peut également vous conseiller.
Étape 4 : Saisissez l’inspection du travail Pour des violations systématiques (refus répétés, perte forcée sans indemnisation), l’inspection du travail peut intervenir. Contactez directement la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) de votre région.
Étape 5 : Le Conseil de prud’hommes Si vous avez perdu des RTT du fait du refus non justifié de votre employeur, vous pouvez réclamer une indemnité compensatrice devant le CPH. La prescription est de 3 ans pour les rappels de salaire (article L.3245-1 du Code du travail).
Bon à savoir : La perte de jours de RTT peut entraîner un préjudice financier pour le salarié, notamment lorsque ces jours auraient dû être pris ou indemnisés — mais tout dépend de leur qualification et des règles prévues par l’accord collectif. Si vous êtes cadre au forfait et que votre employeur « oublie » régulièrement de vous accorder vos RTT, le préjudice peut se chiffrer en milliers d’euros sur plusieurs années.
Pour en savoir plus sur le rôle du CSE dans la défense de vos droits : rôle du CSE : ce que vous devez savoir.
RTT et rupture du contrat : qu’arrive-t-il à vos jours non pris ?
En cas de démission, licenciement ou rupture conventionnelle
Si vous quittez l’entreprise avec des jours de RTT non pris, vous pouvez avoir droit à une indemnisation si ces jours sont considérés comme acquis selon votre accord collectif. Ce n’est pas automatique : tout dépend de ce que prévoit cet accord. Certains accords prévoient expressément une indemnité compensatrice à la rupture du contrat. D’autres organisent des règles plus restrictives. En cas de doute, il faut vérifier si les jours étaient déjà acquis, si le salarié a été empêché de les prendre et ce que prévoit précisément l’accord collectif.
Pour les cadres au forfait jours : les jours de repos non pris peuvent être indemnisés à la rupture du contrat si l’accord le prévoit. Notez que, même en cas de faute grave ou lourde, les jours déjà acquis doivent en principe être payés — la faute ne peut pas entraîner la perte de droits déjà constitués.
Pour tout savoir sur l’indemnisation en cas de départ de l’entreprise : congés payés, départ et indemnité de rupture.
FAQ — Les vraies questions sur les RTT
Est-ce que mon employeur peut m’imposer toutes mes RTT ?
Cela dépend de votre accord collectif. En l’absence de précision, l’employeur fixe les modalités dans le respect du dialogue social et de la bonne foi. En pratique, beaucoup d’accords prévoient un partage entre initiative du salarié et de l’employeur — mais ce n’est pas une règle légale universelle. Si votre accord lui donne l’initiative complète, il peut en théorie imposer toutes les dates. Consultez votre accord.
Puis-je prendre mes RTT le vendredi pour faire des ponts ?
Oui, si c’est votre initiative et que l’accord ne l’interdit pas. Mais l’employeur peut refuser pour nécessité de service — il doit toutefois vous proposer une alternative dans un délai raisonnable.
Les RTT sont-elles comptées dans les jours ouvrés ou ouvrables ?
En principe, les RTT se prennent en jours ouvrés (du lundi au vendredi), sauf si votre accord prévoit des jours ouvrables. C’est important pour le calcul : 1 RTT = 1 journée complète de travail habituelle.
Mon employeur peut-il annuler une RTT déjà validée ?
Oui, dans des circonstances exceptionnelles et sous conditions de bonne foi — l’accord collectif précise généralement le délai minimum de prévenance (souvent plusieurs jours). Une annulation au dernier moment sans motif légitime peut être contestée, mais l’appréciation dépend toujours du cadre conventionnel.
Je suis à mi-temps : ai-je des RTT ?
En principe non, car un salarié à temps partiel travaille en dessous de la durée légale de 35 heures. Toutefois, un accord collectif peut prévoir des règles spécifiques de repos ou d’aménagement du temps de travail. Il faut donc vérifier l’accord applicable.
Les jours fériés tombant sur une RTT sont-ils récupérés ?
Uniquement si votre accord collectif le prévoit. Il n’existe pas de règle légale automatique imposant la restitution d’un jour férié tombant sur une RTT. Vérifiez votre accord avant de vous y fier — les pratiques varient significativement d’une entreprise à l’autre.
Puis-je refuser que mon employeur place mes RTT sur certaines dates ?
Si votre accord lui donne l’initiative, non. Il peut vous imposer des RTT sur des périodes de creux d’activité, des ponts, des fermetures. Vous pouvez néanmoins négocier ou demander une contrepartie si le préavis est très court.
RTT et CDD : est-ce possible ?
Oui. Les salariés en CDD bénéficient des mêmes accords RTT que les CDI. Si votre CDD dure 6 mois dans une entreprise à 37h, vous avez droit à des RTT au prorata de votre présence. En cas de départ avec des RTT non prises, une indemnisation est possible si votre accord collectif le prévoit — ce n’est pas systématique.
Conclusion
Les RTT ne sont pas un bonus discrétionnaire de votre employeur — mais elles ne sont pas non plus un droit automatique. Elles résultent toujours d’un accord collectif ou d’un dispositif d’aménagement du temps de travail. En 2026, les règles essentielles restent stables, mais les possibilités de monétisation ont été prolongées et méritent d’être examinées avec votre RH.
Ce que vous devez retenir :
- Votre accord collectif est la seule référence qui compte — consultez-le avant tout.
- Gardez une trace écrite de toutes vos demandes et de toutes les réponses de votre employeur.
- Des RTT perdues à cause de refus abusifs peuvent ouvrir droit à une indemnisation — à condition de le prouver, dans la limite de 3 ans (article L.3245-1 du Code du travail).
- La monétisation est possible sous conditions légales et conventionnelles, avec l’accord des deux parties.
Vous avez un problème spécifique avec vos RTT, un refus injustifié ou un calcul qui vous semble erroné ? Posez votre question dans notre forum — notre communauté de salariés et nos experts en droit du travail vous répondent.

