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Accidents du travail en France : moins d’accidents, mais plus de morts

Mis à jour en mars 2026 — données Assurance Maladie 2024

Bilan 2024 : les chiffres qui doivent alerter

En 2024, la France a enregistré 549 614 accidents du travail et 764 décès — un record absolu. Si le nombre global d’AT continue de baisser légèrement, la gravité des accidents et le nombre de morts n’ont jamais été aussi élevés. Tour d’horizon des chiffres, des secteurs les plus touchés et des leviers de prévention.

549 614 accidents du travail−1,1 % vs 2023
764 décès ATrecord absolu
50 598 maladies professionnelles+6,7 %
1 297 décès totaux AT/MP/trajetniveau inédit

Source : Rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, novembre 2025

Un bilan contrasté : moins d’accidents, mais plus graves

Le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie dresse un constat paradoxal. D’un côté, une bonne nouvelle : les accidents du travail continuent de reculer. Avec 549 614 AT recensés, la baisse est de 1,1 % par rapport à 2023. L’indice de fréquence atteint 26,4 accidents pour 1 000 salariés — son niveau le plus bas de la décennie, alors que les effectifs salariés sont à leur plus haut.

De l’autre côté, un signal d’alarme impossible à ignorer : la gravité des accidents augmente. Les décès liés directement à un AT atteignent 764 en 2024 — cinq de plus qu’en 2023, vingt-six de plus qu’en 2022. En ajoutant les accidents de trajet mortels (318) et les décès par maladie professionnelle (215), le total s’élève à 1 297 morts au travail en 2024. Un niveau inédit.

« Moins d’accidents, mais des accidents plus graves. La prévention progresse — la culture de sécurité, pas encore assez vite. »

Autre signal préoccupant : plus de la moitié des décès par AT sont liés à des malaises survenus sur le lieu de travail. Un quart seulement ont une origine professionnelle directement identifiable (chutes de hauteur, manutention, écrasements). Ce glissement vers des causes moins visibles complique le travail de prévention.

⚠ Ces chiffres ne couvrent que les salariés du régime général (20,8 millions de personnes). Sont exclus la fonction publique, les agriculteurs, les chefs d’entreprise et les micro-entrepreneurs. Le bilan réel est donc supérieur.

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Les secteurs et profils les plus exposés

Sans surprise, le BTP reste l’un des secteurs les plus meurtriers : il représente à lui seul environ 20 % des accidents mortels, avec 146 décès en 2024 — en légère baisse de 2 % par rapport à 2023. Les chutes de hauteur, les accidents liés aux engins et les écrasements en sont les principales causes.

Le secteur des transports, de l’eau, du gaz, de l’électricité, du livre et de la communication enregistre quant à lui 178 décès — en hausse de 13 % en un an. Le secteur de l’alimentation connaît également une augmentation inquiétante de 20 % des accidents mortels, liée aux machines de découpe, aux chaînes automatisées et aux accidents en entrepôts.

Les jeunes travailleurs restent particulièrement vulnérables. Les accidents sont 2,5 fois plus fréquents chez les moins de 25 ans que chez leurs aînés. Plus de 20 % des décès surviennent au cours de la première année d’activité dans le poste — ce qui pointe directement la faiblesse des dispositifs d’intégration et de formation à la sécurité. En 2024, 22 salariés de moins de 25 ans ont perdu la vie au travail.

ℹ Seuls 41 % des TPE/PME de moins de 10 salariés disposent d’un DUERP formalisé, alors qu’il s’agit d’une obligation légale depuis 2001 (source : Assurance Maladie, 2024).

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Maladies professionnelles : la hausse se confirme

Pendant que les AT reculent légèrement, les maladies professionnelles poursuivent leur progression. En 2024, 50 598 MP ont entraîné un arrêt ou une incapacité — franchissant pour la première fois en dix ans la barre des 50 000 cas, soit une hausse de 6,7 % et un retour au niveau d’avant la crise sanitaire.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) dominent toujours massivement : ils représentent près de 90 % des MP et progressent de 6,6 %. Mais la tendance la plus préoccupante concerne les affections psychiques, en hausse de 9 % : les cas sont passés de 840 en 2020 à 1 805 en 2024. Une multiplication par deux en quatre ans qui reflète directement la montée des risques psychosociaux dans le monde du travail.

Les pathologies liées à l’amiante progressent également de 8,5 % — un héritage industriel qui continue de peser lourd, plusieurs décennies après l’interdiction du matériau.

« Les affections psychiques au travail ont doublé en quatre ans. Le burn-out et les RPS ne sont plus des signaux faibles — ce sont des données. »

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Le coût humain et financier

Au-delà du bilan humain, les AT/MP ont un coût financier considérable. En 2024, les indemnités journalières versées au titre des arrêts de travail AT/MP ont atteint 4,9 milliards d’euros — devenant pour la première fois le premier poste de dépenses de la branche, en hausse de 10,8 % sur un an.

Au total, les AT/MP ont engendré plus de 78 millions de journées non travaillées en 2024, soit l’équivalent de 334 000 emplois à temps plein perdus. Pour les entreprises, l’impact se traduit également par des cotisations AT/MP plus élevées, calculées en fonction de la sinistralité du secteur et de l’établissement.

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Ce que ça implique concrètement pour les employeurs

Le rapport 2024 envoie un signal clair aux employeurs : la prévention ne peut plus être une variable d’ajustement. Elle doit devenir un axe stratégique. Plusieurs leviers sont directement actionnables.

Le DUERP d’abord — le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels. Seules 41 % des TPE/PME de moins de 10 salariés en disposent, alors que c’est une obligation légale depuis 2001. Sans évaluation formalisée des risques, pas de prévention structurée.

La formation à la sécurité ensuite, en particulier pour les nouveaux embauchés et les jeunes travailleurs. Les chiffres sur les décès en première année de poste et chez les moins de 25 ans montrent que l’intégration sécurité est un maillon critique que beaucoup d’entreprises sous-estiment encore.

Enfin la prise en compte des risques psychosociaux, qui ne sont plus un sujet périphérique. La hausse de 9 % des affections psychiques reconnues comme MP en 2024 oblige les employeurs à intégrer le burn-out, le harcèlement et la surcharge de travail dans leur démarche de prévention — au même titre que les risques physiques.

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Source principale : Rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié le 18 novembre 2025. Données régime général uniquement.

pour aller plus loin:

Document unique (DUERP): Comment réaliser une évaluation irréprochable et protéger votre responsabilité

Burn-out 2026 : reconnaître les signaux, comprendre ses droits, agir avant la rupture

Thomas D.
Thomas D.
Expert en recrutement et gestion de carrière. Avec une approche terrain du marché de l'emploi, Thomas accompagne les candidats dans leurs transitions professionnelles : optimisation de CV, préparation aux entretiens et stratégies de reconversion. Son objectif : vous donner les clés concrètes pour décrocher le poste qui vous correspond en 2026.

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