Vous approchez de la retraite, mais vous ne vous voyez pas arrêter du jour au lendemain. Ou votre corps tient difficilement le rythme à temps plein. Ou tout simplement, vous voulez tester une vie à mi-régime avant le grand saut. La retraite progressive est faite pour vous — et elle est bien plus avantageuse que ce que la plupart des salariés imaginent.
Moins connue que le cumul emploi-retraite, moins médiatisée que la retraite anticipée pour carrière longue, la retraite progressive reste pourtant l’un des dispositifs les plus efficaces pour préparer sa sortie du marché du travail sans se ruiner. En 2026, après la réforme des retraites de 2023, ses conditions ont été précisées et son accès légèrement élargi. Voici tout ce que vous devez savoir pour en bénéficier concrètement.
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1. Qu’est-ce que la retraite progressive ?
La retraite progressive est un dispositif légal qui permet à un salarié ou à un travailleur indépendant proche de l’âge de la retraite de réduire son activité professionnelle tout en percevant une fraction de sa pension de retraite. Ce n’est pas une retraite partielle définitive : vous restez en activité, vous continuez à cotiser, et votre pension finale sera recalculée à la hausse le jour où vous partirez vraiment.
Concrètement, vous travaillez entre 40 % et 80 % d’un temps plein, et vous touchez la fraction de pension correspondant à la réduction de votre activité. Si vous travaillez à 60 %, vous percevez 40 % de votre pension provisoire. Si vous travaillez à 50 %, vous en percevez 50 %.
Ce dispositif a été créé pour éviter le choc brutal du passage de l’activité à temps plein à l’arrêt total. Il permet aussi d’améliorer sa pension finale en continuant à cotiser pendant la période de transition.
À ne pas confondre avec le cumul emploi-retraite, où vous êtes officiellement retraité et reprenez une activité. En retraite progressive, vous n’êtes pas encore retraité : vous êtes toujours en activité, avec tous les droits qui en découlent. Voir notre article complet sur le cumul emploi-retraite 2026.
2. Qui peut bénéficier de la retraite progressive en 2026 ?
Les conditions d’âge et de cotisation
Depuis la réforme des retraites du 14 avril 2023 (loi n°2023-270), les conditions d’accès ont été consolidées. Pour bénéficier de la retraite progressive en 2026, vous devez remplir trois conditions cumulatives :
Âge minimum : variable selon votre génération. L’âge d’accès à la retraite progressive dépend de votre année de naissance et correspond généralement à deux ans avant l’âge légal de départ à la retraite qui vous est applicable. Pour connaître votre âge d’accès précis, consultez votre relevé de situation individuelle sur info-retraite.fr ou contactez directement votre caisse.
Durée de cotisation minimale : 150 trimestres, tous régimes confondus. C’est le seuil plancher — il ne dépend pas de votre génération et n’a pas été modifié par la réforme de 2023.
Exercer une activité à temps partiel, comprise entre 40 % et 80 % d’un temps plein. C’est une condition sine qua non : vous ne pouvez pas bénéficier de la retraite progressive si vous travaillez encore à temps plein, ni si vous travaillez moins de 40 %.
Qui est éligible ?
- Les salariés du secteur privé : c’est le public principal du dispositif.
- Les travailleurs indépendants affiliés au régime général (SSI — Sécurité Sociale des Indépendants), depuis l’extension du dispositif.
- Les artisans et commerçants peuvent également en bénéficier sous conditions spécifiques.
Qui doit vérifier ses conditions spécifiques ?
- Les fonctionnaires : les règles applicables sont spécifiques et doivent être vérifiées selon le versant de la fonction publique concerné (État, territoriale, hospitalière). Ne présumez pas de votre exclusion sans avoir consulté votre caisse.
- Les professions libérales relevant de la CIPAV ou d’autres caisses autonomes : conditions spécifiques à vérifier directement auprès de votre caisse.
- Les salariés agricoles relevant de la MSA : éligibles sous conditions particulières.
Piège à éviter : vérifier votre éligibilité uniquement en ligne sans tenir compte de votre régime de retraite. Un travailleur indépendant affilié à la SSI et un salarié classique n’ont pas les mêmes démarches. Contactez votre caisse directement.
3. Comment est calculée la pension en retraite progressive ?
La logique du calcul
La pension versée en retraite progressive est ce qu’on appelle une pension provisoire. Elle est calculée sur la base de votre pension théorique complète (celle que vous auriez touchée si vous étiez parti en retraite à la date de votre demande), multipliée par la fraction correspondant à votre réduction d’activité.
La formule est la suivante :
Fraction de pension = 1 − taux d’activité à temps partiel
| Temps de travail maintenu | Fraction de pension versée |
|---|---|
| 80 % | 20 % |
| 70 % | 30 % |
| 60 % | 40 % |
| 50 % | 50 % |
| 40 % | 60 % |
Exemple chiffré concret
Sophie, 61 ans, travaille dans le secteur bancaire. Elle valide 158 trimestres et a droit à une pension provisoire estimée à 1 800 € bruts par mois. Son salaire actuel à temps plein est de 2 900 € nets.
Elle passe à 60 % du temps de travail (soit 3 jours par semaine).
- Elle perçoit 60 % de son salaire : 1 740 € nets
- Elle perçoit 40 % de sa pension provisoire : 720 € bruts (montant net variable selon sa situation fiscale)
- Total estimé : autour de 2 400 € nets selon sa situation
Sans retraite progressive, à 60 % de son salaire seulement, elle n’aurait touché que 1 740 €. Le dispositif lui permet de limiter significativement sa perte de revenus pendant la période de transition.
La pension est provisoire, pas définitive
C’est l’un des points les plus mal compris du dispositif : la pension versée pendant la retraite progressive est recalculée à la hausse le jour de votre départ définitif à la retraite. Les trimestres cotisés pendant cette période sont intégrés dans le calcul final. Vous continuez à acquérir des droits.
4. Les avantages concrets de la retraite progressive
Un revenu sécurisé malgré la réduction d’activité
La retraite progressive vous garantit une double source de revenus pendant la transition. Vous ne subissez pas de chute brutale de revenus, ce qui est particulièrement précieux pour les salariés dont le budget est dimensionné sur un temps plein.
Une amélioration de la pension finale
Chaque trimestre travaillé en retraite progressive est un trimestre cotisé de plus. Ces trimestres s’ajoutent à votre relevé de carrière et peuvent améliorer votre taux de liquidation si vous n’avez pas encore atteint le nombre requis pour une retraite à taux plein. Consultez notre guide complet sur la retraite en 2026 pour calculer votre situation.
Les points Agirc-Arrco continuent de s’accumuler
Un avantage souvent oublié : les cotisations retraite complémentaire Agirc-Arrco continuent d’être versées sur votre salaire à temps partiel. Les cotisations versées pendant la retraite progressive permettent de continuer à acquérir des points de retraite complémentaire selon les règles applicables, qui viendront s’ajouter à votre pension complémentaire au moment du départ définitif.
Un cadre juridique qui offre davantage de garanties au salarié qu’auparavant
Depuis la loi Avenir Professionnel de 2018 et les évolutions législatives ultérieures, le cadre juridique offre davantage de garanties au salarié qu’auparavant. Le salarié peut solliciter un passage à temps partiel dans le cadre de la retraite progressive, sous réserve des conditions prévues par le Code du travail et de l’organisation de l’entreprise. Nous y revenons en détail à la section 6.
5. Les limites et précautions à connaître avant de se lancer
La pension provisoire peut être décevante si vous partez trop tôt
Si vous demandez la retraite progressive avant d’avoir atteint le taux plein, votre pension provisoire sera calculée avec une décote. La fraction que vous percevrez sera une fraction d’une pension déjà réduite. Résultat : un complément de revenus parfois modeste. Vérifiez votre simulation sur info-retraite.fr avant de décider.
Votre employeur peut refuser, mais le refus doit être motivé
Si le passage à temps partiel est incompatible avec les besoins du poste, l’employeur peut refuser. Mais ce refus doit être motivé conformément aux règles applicables et formalisé par écrit. En cas de refus contestable, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes.
Impact sur l’organisation des congés payés
Les modalités de prise des congés payés peuvent être impactées par l’organisation du temps partiel, mais les règles de calcul des congés restent spécifiques et ne se résument pas à une simple proratisation. Pour comprendre vos droits à congés dans leur intégralité, consultez notre guide complet sur les congés payés.
La fiscalité de la pension partielle
La fraction de pension perçue pendant la retraite progressive est soumise à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux selon les règles applicables à votre situation fiscale. Le salaire à temps partiel reste soumis aux cotisations sociales normales. Le cumul des deux revenus peut avoir un impact sur votre tranche d’imposition : vérifiez votre situation avec un conseiller ou via votre espace impots.gouv.fr.
Ce n’est pas accessible à tous les statuts de la même façon
Les fonctionnaires, les professions libérales et les travailleurs relevant de régimes spéciaux doivent vérifier leurs conditions spécifiques auprès de leur caisse avant d’engager toute démarche.
6. Comment demander la retraite progressive : démarches pas à pas
Étape 1 : Simulez votre situation avant toute démarche
Avant d’informer votre employeur, effectuez une simulation sur info-retraite.fr pour connaître le montant de votre pension provisoire en fonction des différentes options de temps partiel. Ce chiffre est indispensable pour évaluer si le dispositif vaut financièrement le coup dans votre cas.
Étape 2 : Informez votre employeur
Vous devez informer votre employeur de votre intention de passer à temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive. La loi ne précise pas de préavis minimal, mais il est conseillé de le faire au moins 3 mois à l’avance pour laisser le temps à l’organisation de s’adapter.
Comment aborder la discussion avec votre employeur :
- Mettez en avant la valeur de transmission : vous serez disponible pour former votre successeur ou assurer la continuité pendant votre réduction d’activité.
- Proposez une organisation concrète dès le départ : quels jours vous travaillez, comment les missions sont redistribuées, qui prend le relais.
- Rappelez que le cadre juridique vous offre des garanties : le refus de l’employeur doit être motivé conformément aux règles du Code du travail.
- En cas de blocage persistant, vous pouvez solliciter les représentants du personnel, l’inspection du travail ou, si nécessaire, le Conseil de prud’hommes.
Étape 3 : Déposez votre demande auprès de votre caisse de retraite
La demande se fait auprès de votre caisse de retraite de base (Assurance Retraite pour le régime général, MSA pour les agriculteurs) et auprès de votre caisse complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés du secteur privé).
Documents à fournir :
- Formulaire de demande de retraite progressive (téléchargeable sur le site de votre caisse)
- Trois derniers bulletins de salaire
- Attestation de l’employeur confirmant le passage à temps partiel et le taux
- Relevé de carrière (disponible sur votre espace info-retraite.fr)
- Pièce d’identité
Étape 4 : Attendez la validation et la notification
La caisse instruit le dossier et vous notifie le montant de la pension provisoire accordée. Ce montant peut différer légèrement de votre simulation, notamment si des trimestres sont contestés ou manquants.
Délai conseillé : déposez votre demande au moins 4 à 6 mois avant la date de début souhaitée, à titre indicatif. Les caisses de retraite accusent régulièrement des délais de traitement importants.
Étape 5 : Ajustez si votre taux d’activité change
Si votre temps de travail évolue après la mise en place de la retraite progressive (vous passez de 60 % à 50 %, par exemple), vous devez en informer votre caisse pour que la fraction de pension soit recalculée. Cette révision peut être faite à votre initiative.
7. Retraite progressive vs cumul emploi-retraite : laquelle choisir ?
| Critère | Retraite progressive | Cumul emploi-retraite |
|---|---|---|
| Statut | Toujours en activité | Officiellement retraité |
| Pension | Fraction provisoire | Pension complète |
| Droits à la retraite | Continuent d’augmenter | Figés (sauf exceptions) |
| Accès | Selon génération + 150 trimestres | À l’âge légal + taux plein |
| Flexibilité | Taux ajustable | Reprise libre |
| Fiscalité | Cumul salaire + pension partielle | Cumul salaire + pension complète |
Quand choisir la retraite progressive ? Si vous n’avez pas encore atteint le taux plein et que vous voulez améliorer votre pension finale. Si vous avez besoin d’une transition progressive et souhaitez rester dans le circuit professionnel avec tous vos droits salariaux.
Quand choisir le cumul emploi-retraite ? Si vous êtes déjà à taux plein et que vous souhaitez reprendre une activité après avoir liquidé votre retraite — par exemple en freelance ou en portage salarial. Pour en savoir plus, consultez notre article dédié au cumul emploi-retraite 2026.
8. Cas particulier : la retraite progressive pour les travailleurs indépendants
Depuis l’intégration des indépendants au régime général (SSI), les artisans, commerçants et certains auto-entrepreneurs peuvent accéder à la retraite progressive. En pratique, les modalités d’appréciation de la réduction d’activité varient selon le régime concerné et doivent être vérifiées auprès de la caisse compétente — il n’existe pas de contrat de travail à temps partiel pour un indépendant, et les règles d’évaluation diffèrent de celles applicables aux salariés.
Si vous êtes micro-entrepreneur ou gérant, prenez contact directement avec la SSI pour obtenir une réponse personnalisée avant de vous engager dans la démarche.
FAQ — Les vraies questions que les salariés se posent
À quel âge peut-on demander la retraite progressive en 2026 ? L’âge d’accès dépend de votre année de naissance. Il correspond généralement à deux ans avant l’âge légal de départ à la retraite qui vous est applicable. Consultez votre relevé de situation individuelle sur info-retraite.fr pour connaître votre âge d’accès précis. La condition de durée de cotisation minimale reste fixée à 150 trimestres.
Mon employeur peut-il refuser que je passe à temps partiel pour une retraite progressive ? Il peut opposer un refus, mais celui-ci doit être motivé conformément aux règles du Code du travail. Ce refus doit être formalisé par écrit. En cas de désaccord, vous pouvez solliciter les représentants du personnel, l’inspection du travail ou le Conseil de prud’hommes.
Est-ce que je continue à accumuler des trimestres pendant la retraite progressive ? Oui. Vous cotisez toujours sur votre salaire à temps partiel. Ces trimestres s’ajoutent à votre relevé de carrière et sont pris en compte lors du calcul de votre pension définitive.
Combien vais-je toucher exactement en retraite progressive ? Cela dépend de votre taux d’activité et du montant de votre pension provisoire. La seule façon d’avoir un chiffre fiable est de faire une simulation sur info-retraite.fr ou de contacter votre caisse directement.
La retraite progressive est-elle imposable ? La fraction de pension est soumise à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux selon les règles applicables à votre situation fiscale. Le cumul avec votre salaire peut avoir un impact sur votre imposition globale.
Peut-on sortir de la retraite progressive pour partir définitivement en retraite ? Oui, à tout moment. Vous déposez une demande de liquidation définitive auprès de votre caisse, qui recalcule votre pension en tenant compte de tous les trimestres acquis, y compris ceux cotisés pendant la période de retraite progressive.
Que se passe-t-il en cas d’arrêt maladie pendant la retraite progressive ? Les conséquences d’un arrêt maladie sur la retraite progressive dépendent des règles applicables par la caisse concernée. Consultez votre caisse directement pour connaître les modalités précises dans votre situation. Voir également notre article sur l’arrêt maladie et vos droits.
Que se passe-t-il si mon temps de travail passe en dessous de 40 % ? Si votre temps de travail descend sous le seuil de 40 % d’un temps plein, vous ne remplissez plus les conditions de la retraite progressive. Vous devrez alors soit revenir à un taux supérieur, soit liquider définitivement votre retraite.
Conclusion
La retraite progressive est l’un des dispositifs les plus intelligents du système de retraite français pour les salariés qui approchent de la fin de leur carrière : elle préserve les revenus, améliore la pension finale, et offre une vraie transition plutôt qu’un arrêt brutal. En 2026, le cadre légal offre davantage de garanties aux salariés qu’auparavant, et les conditions d’accès restent accessibles pour la plupart des actifs proches de la retraite.
Avant de vous lancer, faites impérativement une simulation sur info-retraite.fr et contactez votre caisse pour connaître le montant réel de votre pension provisoire. La décision mérite d’être prise avec des chiffres en main, adaptés à votre génération et à votre situation personnelle.
Des questions sur votre situation spécifique ? Posez-les dans les commentaires ou sur notre forum — la communauté mondedutravail.fr et nos rédacteurs spécialisés vous répondent.
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