6 maladies liées au travail
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Ce que votre corps vous dit — et ce que vous pouvez obtenir
En 2024, plus de 50 000 maladies professionnelles ont été reconnues en France — et les experts estiment que le nombre réel est trois à cinq fois supérieur. Burn-out, TMS, cancers, surdité, maladies neurologiques, pathologies respiratoires : le travail abîme des milliers de corps chaque année en silence. Ce que la plupart des salariés ne savent pas, c’est qu’une grande partie de ces pathologies ouvrent droit à une reconnaissance officielle et à une indemnisation.
Vue d’ensemble des 6 pathologies traitées dans cet article :
| Maladie | Tableau MP | Secteurs principaux | Sous-déclaration |
|---|---|---|---|
| TMS | Tab. 57, 79, 98 | Industrie, logistique, soins, commerce | 50 à 75 % |
| Burn-out / RPS | Hors tableau (CRRMP) | Tous secteurs — santé, enseignement, services | Très élevée |
| Cancers professionnels | Tab. 30, 30 bis, 30 ter… | BTP, chimie, agriculture, nucléaire | Estimée à 95 % |
| Surdité professionnelle | Tab. 42 | BTP, industrie, agriculture, spectacle | Forte |
| Maladies neurologiques | Tab. 58 (régime agri.) · CRRMP | Agriculture, industrie chimique, fonderie | Très élevée |
| Pathologies respiratoires | Tab. 25, 66, 90, 91, 94 | BTP, mines, textile, agriculture | Élevée |
Sources : Assurance Maladie 2024 · INRS · Ligue contre le cancer · Santé publique France
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1. Les troubles musculosquelettiques (TMS)
Les TMS sont de loin la première cause de maladie professionnelle en France : ils représentent près de 90 % des MP reconnues en 2024, en hausse de 6,6 % sur un an. Canal carpien, tendinite de l’épaule, épicondylite, lombalgie — ces pathologies touchent les muscles, les tendons, les nerfs et les articulations sollicités de façon répétitive ou excessive dans le cadre du travail.
Ce qui rend les TMS particulièrement traîtres, c’est leur installation progressive. Pendant des mois, parfois des années, les signaux d’alerte sont ignorés — douleur après le travail, raideur matinale, fourmillements dans les doigts. Et quand le diagnostic tombe, le salarié ne sait pas que ces pathologies peuvent être reconnues en maladie professionnelle.
Les TMS représentent 90 % des maladies professionnelles reconnues en France. Canal carpien, tendinite de l’épaule, épicondylite, lombalgie — ils s’installent progressivement, souvent pendant des mois, avant qu’un diagnostic soit posé.
- Secteurs les plus touchés : industrie, logistique, soins, grande distribution
- Première cause d’inaptitude professionnelle en France
- 50 à 75 % des cas éligibles ne font jamais l’objet d’une déclaration
Secteurs les plus exposés
- Agroalimentaire, grande distribution, logistique — gestes répétitifs à cadence imposée
- BTP — port de charges, vibrations, travail en hauteur ou à genoux
- Aide et soins à domicile — transferts patients, postures contraintes
- Bureautique et télétravail — clavier intensif, posture statique
ℹ Retrouvez notre article complet sur les TMS : symptômes, reconnaissance en maladie professionnelle et droits — incluant un outil interactif pour localiser votre douleur et identifier votre tableau MP.
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2. Le burn-out et les maladies psychiques liées au travail
Mehdi a 44 ans. Chef de projet dans une ESN parisienne. En 2023, il s’est effondré un mardi matin en réunion — crise de larmes, incapacité à parler. Six mois d’arrêt. Son médecin a posé le diagnostic : syndrome d’épuisement professionnel. Son RH lui a dit que ce n’était pas une maladie professionnelle. C’était faux.
Le burn-out n’a pas encore son propre tableau de maladie professionnelle en France — mais les pathologies psychiques liées au travail peuvent être reconnues via le système complémentaire (CRRMP) depuis 2012. Et les chiffres explosent : le nombre de maladies professionnelles psychiques a plus que doublé entre 2020 et 2024, passant de 840 à 1 805 cas reconnus.
63 % des demandes de reconnaissance concernent des femmes. Plus de la moitié des cas touchent des salariés de plus de 50 ans. Les secteurs de la santé, de l’enseignement et des services à la personne sont les plus représentés.
Le burn-out ne dispose pas encore de son propre tableau de MP en France — mais les pathologies psychiques liées au travail peuvent être reconnues via le CRRMP depuis 2012. Entre 2020 et 2024, le nombre de reconnaissances a plus que doublé : de 840 à 1 805 cas.
- Conditions : IPP d’au moins 25 % + lien direct et essentiel avec le travail habituel
- 63 % des demandes concernent des femmes
- Secteurs : santé, enseignement, services à la personne
Les conditions de reconnaissance (CRRMP)
- La pathologie doit être directement et essentiellement causée par le travail habituel
- Elle doit entraîner une incapacité permanente partielle (IPP) d’au moins 25 %
- Un lien direct et certain entre le travail et la pathologie doit être établi médicalement
⚠ Le burn-out seul, sans IPP documentée de 25 %, ne peut pas être reconnu par le CRRMP. En revanche, un épisode dépressif sévère, un syndrome anxieux généralisé ou un stress post-traumatique lié au travail peuvent atteindre ce seuil. Consultez un médecin du travail pour évaluation.
ℹ Retrouvez notre article complet sur le burn-out : reconnaître les signaux, comprendre ses droits, agir avant la rupture — par Driss Rezzoum.
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3. Les cancers d’origine professionnelle
C’est le scandale silencieux de la santé au travail en France. Environ 20 000 cancers par an sont d’origine professionnelle — soit 5 % de tous les cancers. Moins de 1 % sont reconnus chaque année en maladie professionnelle. Ce n’est pas un problème de droit : 20 tableaux de MP couvrent les cancers professionnels dans le régime général. C’est un problème de méconnaissance.
La difficulté majeure est le délai de latence. Entre l’exposition à un agent cancérogène et l’apparition du cancer, il peut s’écouler 10 à 30 ans. Un maçon exposé à l’amiante dans les années 1980 développera peut-être un mésothéliome en 2010. Le lien avec le travail — évident pour un spécialiste — échappe souvent au médecin traitant, et encore plus au patient.
Près de 20 000 cancers par an seraient d’origine professionnelle en France — moins de 1 % sont reconnus en maladie professionnelle. Ce n’est pas un problème de droit : 20 tableaux couvrent les cancers professionnels. C’est un problème de méconnaissance et de délai de latence (10 à 30 ans).
- Cancer broncho-pulmonaire (amiante, silice, arsenic) — Tab. 30, 25, 10 ter
- Mésothéliome pleural (amiante) — Tab. 30 bis. Reconnaissance quasi automatique.
- Cancer du larynx et de l’ovaire liés à l’amiante — Tab. 30 ter et 47 ter (depuis 2023)
- Cancer de la prostate lié aux pesticides — en hausse de +125,9 % en 2024
- Leucémies (benzène, rayonnements) — Tab. 4, 6
Les cancers professionnels les plus fréquents
- Cancer broncho-pulmonaire — amiante, silice, arsenic, goudrons (tableau 30, 25, 10 ter). 10 à 20 % des cancers du poumon chez les hommes sont d’origine professionnelle.
- Mésothéliome pleural — amiante exclusivement (tableau 30 bis). Latence de 20 à 50 ans. Cancer quasi systématiquement mortel, reconnaissance quasi automatique.
- Cancer de la prostate lié aux pesticides — en hausse de 125,9 % en 2024. Touche particulièrement les agriculteurs exposés aux organochlorés.
- Cancer de la vessie — goudrons, amines aromatiques, industrie du caoutchouc (tableau 15 ter). 2 à 14 % des cas sont d’origine professionnelle.
- Leucémies — benzène, rayonnements ionisants (tableau 4, 6). Concerne garages, industrie chimique, secteur nucléaire. 5 à 18 % des leucémies sont d’origine professionnelle.
⚠ Les tableaux 30 ter et 47 ter ont déjà intégré les cancers du larynx et de l’ovaire liés à l’amiante depuis 2023. D’autres évolutions sont encore en discussion ou en cours d’expertise pour d’autres localisations anatomiques liées à l’amiante et aux agents chimiques.
✓ Si vous avez été exposé à un agent cancérogène au cours de votre carrière, vous pouvez bénéficier d’une surveillance post-professionnelle gratuite prise en charge par la CPAM — même après la fin de l’exposition, même à la retraite.
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4. La surdité professionnelle
La surdité professionnelle est la deuxième cause de maladie professionnelle indemnisée en France après les TMS — et l’une des plus sous-déclarées. Elle résulte d’une exposition prolongée à des niveaux sonores supérieurs à 85 décibels dans le cadre du travail. Elle s’installe progressivement, souvent sans que le salarié ne l’identifie comme liée à son activité.
Les premiers signes passent souvent inaperçus : sifflement dans les oreilles après le travail (acouphènes), difficulté à comprendre les conversations dans le bruit, fatigue auditive en fin de journée. Quand la perte auditive devient mesurable, elle est souvent irréversible.
Deuxième cause de MP indemnisée après les TMS, la surdité professionnelle résulte d’une exposition prolongée à des niveaux sonores supérieurs à 85 dB. Elle s’installe progressivement et est souvent irréversible quand le diagnostic est posé.
- Secteurs : BTP, industrie métallurgique, agriculture, spectacle
- Premiers signes : acouphènes après le travail, fatigue auditive, difficulté à comprendre dans le bruit
- Conditions tableau 42 : perte ≥ 35 dB sur 500, 1000, 2000 et 4000 Hz · exposition ≥ 1 an
Secteurs et profils exposés
- BTP — marteaux-piqueurs, scies circulaires, compresseurs. Niveau moyen : 90 à 100 dB
- Industrie métallurgique et automobile — presses, fraiseuses, chaines de montage
- Agriculture — tracteurs, machines de récolte, tronçonneuses
- Spectacle vivant et sono — techniciens son, musiciens, DJ exposés >8h
- Restauration et hôtellerie — cuisines industrielles, espaces de réception
ℹ Le tableau 42 couvre la surdité professionnelle. Pour une reconnaissance, il faut un audiogramme montrant une perte d’au moins 35 dB en moyenne sur les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz. Pour une reconnaissance, il faut un audiogramme montrant une perte d’au moins 35 dB en moyenne sur les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz, avec une durée d’exposition d’au moins un an. La déclaration doit intervenir dans l’année suivant la fin de l’exposition.
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5. Les maladies neurologiques — Parkinson et solvants
La maladie de Parkinson liée aux pesticides est reconnue en maladie professionnelle en France depuis 2012, sous le tableau 58 du régime agricole. Ce tableau couvre les expositions aux pesticides au sens large — y compris certains usages liés aux espaces verts, aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires. Les travailleurs du régime général exposés aux pesticides (ouvriers de l’industrie phytosanitaire, agents municipaux) doivent quant à eux passer par le CRRMP.
Au-delà de Parkinson, d’autres pathologies neurologiques sont liées à des expositions professionnelles chroniques : les encéphalopathies aux solvants (tableau 84 bis), les neuropathies périphériques aux métaux lourds (plomb, mercure, manganèse), les troubles cognitifs liés au benzène ou au monoxyde de carbone.
La maladie de Parkinson liée aux pesticides est reconnue en MP depuis 2012 sous le tableau 58 du régime agricole — couvrant les expositions aux pesticides, biocides et antiparasitaires vétérinaires. Les encéphalopathies aux solvants relèvent du tableau 84 bis du régime général.
- Pesticides organophosphorés et organochlorés — agriculture, espaces verts, viticulture
- Solvants organiques (toluène, xylène, trichloréthylène) — peinture, imprimerie, nettoyage industriel
- Manganèse — soudage, fonderie, fabrication de batteries
- Plomb — industrie des batteries, décapage de peintures anciennes (Tab. 1)
Les agents neurotoxiques les plus fréquents
- Pesticides organophosphorés et organochlorés — agriculture, espaces verts, viticulture. Lien établi avec Parkinson et troubles cognitifs.
- Solvants organiques (toluène, xylène, trichloréthylène) — peinture, nettoyage industriel, imprimerie. Encéphalopathie aux solvants : tableau 84 bis.
- Manganèse — soudage, fonderie, fabrication de batteries. Syndrome parkinsonien, tremblements, troubles de l’équilibre.
- Plomb — industrie des batteries, décapage de peintures anciennes, fonderie. Saturnisme professionnel : tableau 1.
⚠ Les maladies neurologiques d’origine professionnelle sont parmi les plus difficiles à faire reconnaître — les délais de latence sont longs et le lien causal complexe à établir. Le CRRMP joue un rôle central. Un avocat spécialisé est souvent nécessaire.
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6. Les pathologies respiratoires professionnelles
L’asthme professionnel, la silicose, la byssinose, les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) liées aux poussières — les voies respiratoires sont parmi les premières victimes des expositions professionnelles chroniques. Ces pathologies touchent particulièrement les travailleurs du BTP, des mines, du textile et de l’agriculture.
La silicose mérite une attention particulière en 2026 : maladie liée à l’inhalation de poussières de silice cristalline, elle connaît une résurgence inquiétante avec l’essor du travail de la pierre reconstituée (plans de cuisine en quartz). Des cas graves, dont certains mortels, ont été signalés chez des jeunes travailleurs de la cuisine de moins de 40 ans.
Silicose, asthme professionnel, BPCO liée aux poussières — les voies respiratoires sont parmi les premières victimes des expositions chroniques au travail. La silicose connaît une résurgence inquiétante avec l’essor de la pierre reconstituée (plans de cuisine en quartz) chez les jeunes travailleurs.
- Silicose — poussières de silice, BTP, taille de pierre (Tab. 25). Irréversible.
- Asthme professionnel — isocyanates, latex, farines (Tab. 66). Première cause d’asthme adulte.
- BPCO professionnelle — poussières de charbon, de coton, de grain (Tab. 90, 91, 94)
- Alvéolite allergique — moisissures, foin humide, fientes d’oiseaux (Tab. 45)
Les principales pathologies respiratoires professionnelles
- Silicose — poussières de silice cristalline. BTP, taille de pierre, industrie du verre (tableau 25). Irréversible.
- Asthme professionnel — isocyanates, latex, farines, produits de nettoyage. Tableau 66. Première cause d’asthme chez l’adulte en âge de travailler.
- BPCO professionnelle — poussières de charbon, de coton, de grain. Agriculture, mines, textile (tableau 91).
- Alvéolite allergique extrinsèque — moisissures, fientes d’oiseaux, foin humide. Agriculteurs, éleveurs (tableau 45).
ℹ Nouveauté 2024 : l’ANSES recommande l’intégration de la BPCO liée à l’exposition aux fumées de combustion dans les tableaux MP — une reconnaissance qui concernerait des milliers de sapeurs-pompiers et de travailleurs de la restauration.
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Ce que ces 6 maladies ont en commun
Elles sont toutes évitables. Elles sont toutes reconnues — ou en voie de l’être. Et elles sont toutes massivement sous-déclarées.
La sous-déclaration des maladies professionnelles en France est un problème structurel documenté depuis des décennies. La Cour des comptes, l’ANSES, les organisations syndicales — tous pointent le même dysfonctionnement : des salariés qui souffrent, un système de reconnaissance qui existe, et un fossé immense entre les deux.
Ce fossé se comble une déclaration à la fois. Si vous souffrez d’une pathologie liée à votre travail, parlez-en à votre médecin du travail. Demandez explicitement si votre maladie correspond à un tableau de MP. Ne laissez pas votre employeur ou votre CPAM décider à votre place.
Votre corps garde la mémoire de votre travail. La loi vous permet d’en obtenir réparation.
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✓ Article rédigé par Driss Rezzoum (consultant RH, expert prévention, fondateur CHIFAA Bordeaux) et relu par Sarah, juriste en droit social. Sources : Assurance Maladie rapport annuel 2024, INRS, Santé publique France, Ligue contre le cancer, ANSES avis décembre 2024. Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical ou juridique.
mondedutravail.fr — Retrouvez aussi : notre guide complet sur les TMS, notre article sur la faute inexcusable de l’employeur, et notre simulateur d’indemnités journalières AT.

